> Chirurgie esthétique : les hommes s’y mettent aussi
Il faut s’y faire : non seulement le recours à la chirurgie esthétique n’a plus rien de tabou, mais surtout il n’est plus l’apanage des femmes. Les hommes aussi y ont recours pour corriger leurs petites (ou grosses) imperfections. Avec la participation du Dr Thierry Ktorza, chirurgien esthétique.
Si certains pensent encore que la chirurgie esthétique est juste réservée aux femmes qui veulent développer leur tour de poitrine, il serait temps de se mettre au parfum. Les hommes aussi se laissent tenter ! Oui, on peut être un homme, un vrai, et avoir recours à la chirurgie pour améliorer, corriger ou souligner certaines caractéristiques physiques. La chirurgie esthétique n’est plus taboue. Elle tend à se normaliser, et dans la mesure où beaucoup d’hommes (pas tous…) prennent de plus en plus soin de leur apparence, ils ont par conséquent de moins en moins de problème à passer sous le scalpel ou la seringue.
Miroir mon beau miroir…
Selon le Dr Thierry Ktorza, chirurgien esthétique exerçant à Paris, les hommes représentent environ 5% des patients en France. "Certains chirurgiens annoncent 10%, mais en ce qui me concerne je dirais en moyenne qu’un patient sur vingt est un homme." Ces chiffres changent évidemment en fonction des types d’interventions pratiquées par les chirurgiens : certains, spécialisés dans les interventions typiquement masculines (greffes de cheveux, notamment) comptent bien sûr une importante proportion d’hommes parmi leurs patients.
Il semble toutefois évident que les hommes sont à ce jour moins demandeurs que les femmes. Certes, on constate un intérêt croissant du grand public, y compris masculin, et une démocratisation notable de la chirurgie esthétique (dans les gammes de prix notamment ; voir plus loin), mais les femmes ont plusieurs longueurs d’avance dans ce domaine, que les hommes ne semblent pas près de rattraper. On constate cependant un rapport différent à la chirurgie, selon que le patient soit une femme ou un homme. Le Dr Ktorza nous déclare ainsi : "en général, les hommes ont une approche plus pragmatique et, disons, technique de la chirurgie. Ils ont un souci d’ordre physique, ils cherchent la meilleure façon de le fixer, point final. On tire, on coupe ou on injecte, et c’est réglé. Les femmes ont tendance à avoir une approche peut-être plus artistique, plus réfléchie, plus introspective, plus axée sur le détail."
Les hommes seraient-ils donc en passe de normaliser la chirurgie esthétique au point de la considérer comme l’un des moyens disponibles pour lutter contre les imperfections et les complexes ? "Ce qui est certain, c’est qu’on en parle de plus en plus librement, y compris les hommes, nous déclare le Dr Ktorza. Mes patients ne se cachent pas du tout d’avoir recours à mes services, ils l’assument complètement, et beaucoup en tirent même une certaine fierté." Eh oui, l’homme moderne, qui prend soin de lui et de son apparence, n’aurait plus peur du bistouri !
Tu tires ou tu pointes ?
Mais qui sont ces hommes qui ont recours à la chirurgie esthétique, et quelles sont les interventions auxquelles ils se soumettent ? "Il y a des hommes de tous âges, nous dit le Dr Ktorza. Certains hommes jeunes viennent pour une demande précise, un défaut qu’ils ont clairement identifié et qu’ils souhaitent corriger. Mais de façon générale, mes patients sont plutôt des hommes d’âge mur, de plus de 35 ans, et jusqu’à la soixantaine."
Au niveau des interventions, il y a d’abord tout ce qui relève de la lutte contre la calvitie et donc de la greffe de cheveux – qui représente manifestement une part importante de la demande masculine. Il s’agit là d’une clientèle particulière, très ciblée, et d’un type d’intervention assez spécialisé. Puis il y a tout ce qui relève de la chirurgie esthétique proprement dite : rhinoplastie (opération du nez), liposuccion (on se fait enlever quelques poignées d’amour ou une petite brioche naissante), lifting… "Beaucoup d’hommes aux alentours de la cinquantaine ont recours à un lifting, précise le Dr Ktorza. Pour redessiner l’ovale du visage, estomper les rides ou supprimer un double-menton. C’est très répandu chez les vedettes !" Mais on ne citera pas de noms… Il y a aussi la désormais classique injection de botox, que les hommes sollicitent moins que les femmes (5% des cas, toujours selon le Dr Ktorza), mais par laquelle ils se laissent séduire de plus en plus.
Autre intervention typiquement masculine et très spécialisée : la chirurgie du pénis. Initialement réservée aux hommes dotés d’un micro-pénis les empêchant d’avoir une vie sexuelle normale, cette opération est assez souvent demandée par des patients qui, de l’avis même du Dr Ktorza, n’en auraient pas forcément besoin : "je ne pratique plus ce type d’intervention, mais il m’est arrivé par le passé d’entendre des patients réclamer une opération de rallongement du pénis alors qu’ils affichaient une taille plutôt normale. Très souvent, les patients espèrent trouver dans la chirurgie la solution à un complexe qui prend sa source ailleurs et qui n’est pas nécessairement fondé." D’autant que dans ce domaine la chirurgie ne fait pas de miracles : "en coupant le ligament suspenseur de la verge, on gagne deux à trois centimètres de longueur, au maximum. Puis on injecte de la graisse dans le pénis pour augmenter son diamètre – mais cette dernière action est assez aléatoire." Elle ne présente, en revanche, aucun risque pour l’activité sexuelle. Le plus délicat sur ce point est de faire comprendre aux patients que le recours à la chirurgie n’est pas inéluctable : "certains patients souffrent simplement de dismorphophobie, annonce le Dr Ktorza. Ils se focalisent sur un détail physique qui n’existe pas forcément, et dans ce cas il incombe au chirurgien de refuser de procéder à l’intervention, et de leur expliquer posément pour quelle raison. Parfois, il peut lui arriver d’orienter les patients vers une assistance psychologique, lorsqu’elle s’avère plus indiquée qu’une intervention chirurgicale."
Parfois, l’intervention se révèle évidente et obligatoire : pour réparer des brûlures, des cicatrices, des affections maxillo-faciales… Dans le cas du Dr Ktorza, les opérations de chirurgie reconstructrice concernent essentiellement les conséquences de l’obésité (excès de peau ou malformations après une importante perte de poids) et la reconstruction mammaire après un cancer.
L’homme de demain
Dans tous les cas, le chirurgien esthétique procède à une évaluation psychologique de son patient pour bien identifier ses motivations et sa capacité à assumer l’intervention. "Avec chaque patient, je fixe un premier rendez-vous d’une heure durant lequel nous abordons tout un éventail de questions, parfois très intimes, qui me permettent de me faire une idée. Puis je fixe un second rendez-vous pour que chacun soit sûr des tenants et aboutissants de l’intervention." Il peut même arriver, exceptionnellement, qu’un chirurgien demande une évaluation psychologique, mais en général lorsqu’il y a un doute, il est fondé. Cela reste néanmoins rarissime : "dans 95% des cas, les patients sont très équilibrés et savent ce qu’ils veulent. Les hommes jeunes, notamment et contrairement à ce que l’on pourrait croire, sont souvent très à l’aise dans leur tête. Ce sont parfois les hommes plus âgés qui présentent une fragilité, liée à un complexe persistant ou à un vécu douloureux. Il faut alors savoir faire preuve de discernement." Etre psychologue et être à l’écoute de son patient, de ses envies et de son parcours personnel, c’est aussi le métier du chirurgien esthétique.
Et les hommes qui ont recours à la chirurgie, le font-ils vraiment de leur propre chef ? Dr Ktorza : "il est arrivé que des hommes viennent me consulter sur impulsion de leur compagne. Que ce soit elle l’instigatrice ou la prescriptrice de l’intervention. Mais il s’agit en général d’hommes dominés, qui se plient aux exigences de leur femme. La plupart viennent de leur propre chef, parce qu’ils en ont envie." Certains, en revanche, apprécient de consulter à deux : "il m’arrive souvent de recevoir deux sœurs ou deux amies qui décident de se faire opérer en même temps, et même des couples : un homme qui demande un lifting et une femme qui demande des prothèses mammaires, par exemple. Il y a des patients qui aiment bien faire cela ensemble." Bref, la chirurgie en couple, cela reste rare, mais ça frémit ! Si les deux sont convaincus et motivés, cela devrait se voir de plus en plus.
Justement, quel avenir pour la chirurgie esthétique, et particulièrement pour la demande masculine ? "On constate actuellement une augmentation globale de la demande, et conjointement de l’offre, répond le Dr Ktorza. De plus en plus de femmes et d’hommes ont recours à la chirurgie, elle se normalise et devient plus accessible. Mais cette progression devrait se stabiliser." En premier lieu parce que la baisse des prix de la chirurgie esthétique due en partie à l’essor du low-cost à l’étranger mais aussi aux efforts commerciaux des chirurgiens en France, ne pourra pas continuer indéfiniment. Déjà il existe une grande disparité entre les tarifs proposés d’un chirurgien à l’autre (une chirurgie mammaire pouvant varier de 3500 € à 8000 € à prestation égale). Mais même en voulant rendre la chirurgie accessible au plus grand nombre, il existe un seuil de qualité (sécurité, frais de clinique, qualification du personnel) qui implique un certain coût et en-dessous duquel il sera difficile de descendre. Voire, qui pourrait s’élever à nouveau. Il ne fait pas de doute, néanmoins, que demain de plus en plus de gens voudront avoir recours à la chirurgie. Et les hommes dans tout ça ? D’après le Dr Ktorza, la proportion globale de patients masculins devrait rester la même : "je ne la vois pas excéder 10% de la clientèle", assure-t-il. Eh oui, même si les hommes se mettent de plus en plus à la chirurgie esthétique, en la matière les femmes auront toujours une longueur d’avance.
Remerciements au Dr Thierry Ktorza , chirurgien plasticien, membre de la Société Française de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique.
http://www.lachirurgieesthetique.org
| Par Mathieu Doumenge | 19/11/2007 | ![]() |
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1 commentaires |
Il était temps... | posté par Inconnu
21/11/2007
Cet article nous montre que l'homme se doit de prendre soin de lui... merci de l'avoir rappelé.
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