© Copyright : AbacaGeorge Clooney, Johnny Depp, Sean Penn, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr, Colin Farrell, Orlando Bloom, Julien Boisselier, Sagamore Stévenin, Jean Dujardin, Vincent Cassel, François Cluzet… De plus en plus de célébrités arborent, de façon durable ou passagère, cet appendice pileux que l’on croyait oublié depuis les années 80, ou bien réservé à quelques happy few tels que José Bové ou Tom Selleck : les moustaches. On les disait ringardes, démodées, ou au mieux, gentiment désuètes, voici qu’elles reviennent sur le devant de la scène, chez les chanteurs des groupes de rock, chez les mannequins sur papier glacé, ou chez les branchés noctambules. En France, des collectifs festifs comme La Johnson (site) ou le Paris Moustache Club (site) revendiquent le port des moustaches comme le sommet du style et de l’élégance masculine. Alors, les moustaches sont-elles vraiment de retour ? Pour en avoir le cœur net, nous avons rencontré Alain, maître barbier exerçant à Paris.
Au quart de poil
Porteur de tradition, Alain déploie son savoir faire dans un salon musée reconstitué dans le plus pur style XIXème siècle – une époque où le barbier était le meilleur ami des hommes distingués. A deux pas du quartier du Marais, non loin du boulevard Beaumarchais, Alain ne déclame pas Figaro mais se prête avec passion au jeu des questions. Il faut dire que cet expert de la pilosité masculine (sa clientèle ne compte que des hommes, et pour cause) est l’un des rares de son espèce. Le dernier ? Pas forcément ! Car comme il nous l’explique, après avoir été longtemps dénigrée dans les écoles de coiffeurs, la science de la barbe semble de retour : lui-même assure des formations et compte déjà bon nombre de disciples.
Les hommes retournent chez le barbier, c’est un fait. Les hommes prennent de nouveau soin d’eux et de leur apparence, c’est une certitude. Et si Alain consacre une bonne partie de son activité au rasage à l’ancienne, à la taille de la barbe et à la coupe des cheveux, il constate également une recrudescence des moustaches. "Il est certain que les barbes et les moustaches sont de retour, nous confie-t-il. Dans une société volontiers aseptisée, voire androgyne, on constate un retour du poil, et notamment du poil facial, qui permet à l’homme de se distinguer, de personnaliser son image, d’afficher sa virilité." Un come-back du poil, une "chabalisation" du mâle moderne (quoique notre ami rugbyman ne se distingue pas vraiment par l’entretien méticuleux qu’il semble accorder à sa fourrure naturelle), en réaction à trois décennies de bannissement total : projetez-vous quinze ans en arrière, la moindre publicité présentait un homme imberbe. Aujourd’hui, on redécouvre des icones au torse velu, à la barbe naissante, et pourquoi pas, aux moustaches fringantes (et on dit bien DES moustaches, toujours au pluriel, Alain insiste !)
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© Copyright : Alain Maître BarbierAu peigne fin
Les moustaches, comme le souligne Alain, sont non seulement une façon pour les hommes de personnaliser leur image, elles sont aussi un véritable accessoire de mode, l’un des rares que les hommes peuvent uniquement revendiquer : "et tout ce qui est accessoire est essentiel", précise le maître barbier. On voit donc qu’une nouvelle génération d’hommes met à profit sa pilosité faciale pour se forger un style personnel, qui sortirait des sentiers battus. Alain se hasarde même à une interprétation psychologique des moustaches : "les moustaches sont un peu un symbole de liberté – n’oublions pas que dans certaines entreprises, on exige que les hommes soient imberbes – mais elles ont aussi un caractère sexuel secondaire, car le poil est le reflet de notre société. D’ailleurs, en argot, ne les surnomme-t-on pas les charmeuses ?"
Les moustaches seraient-elles donc les nouvelles alliées du séducteur ? Pour citer Maupassant, "ne te laisse jamais embrasser par un homme sans moustaches : ses baisers n’ont aucun goût." Certes, les temps ont sans doute changé depuis l’auteur de La Moustache (tiens, au singulier !) mais si c’était juste une question de mode ? Et s’il suffisait que la sauce prenne pour que beaucoup d’hommes s’y remettent ? Bien sûr, les femmes ont leur mot à dire : elles sont souvent prescriptrices en matière de pilosité masculine (quand elles n’aiment pas leur homme barbu, il est rare que celui-ci fasse de la résistance) et a priori, elles sont peu nombreuses à craquer pour les moustaches. Mais de l’expérience même d’Alain, "certaines se laissent gagner par l’idée : j’ai vu des femmes adopter les moustaches de leur compagnon lorsque celles-ci étaient bien taillées et entretenues. Ce que les femmes détestent avant tout, c’est que l’on soit négligé." Mais oui mesdames, soyez open, si ça vous fait craquer sur Clooney, pourquoi pas sur votre homme ?
Aux vertus qu’on exige…
Mais attention, les moustaches, cela ne se traite pas à la légère, c’est une affaire sérieuse. Que l’on soit comme l’altermondialiste José Bové ou comme le capitaliste Christophe de Marjorie, les moustaches, cela demande de l’entretien ! La première chose, c’est de définir le style que vous voulez adopter.
Il existe une bonne douzaine de formes de moustaches différentes : américaines, anglaises, françaises, Guillaume II, grognard… Certaines sont difficilement portables de nos jours, d’autres sont plus propices au come back. Ainsi, pour ses clients les plus jeunes, Alain préconise surtout des moustaches "à l’américaine, fines, étroites, dans un style un peu dandy mais pas affecté." Les hommes d’âge mur privilégieront plus facilement des moustaches fournies, en brosse ou en petites pointes. Le choix dépend bien entendu de votre envie, mais aussi et surtout de la densité et de la forme du poil, ainsi que de l’espace naso-labial, qui va jouer un rôle déterminant. Dans ce domaine, le maître barbier joue un rôle de conseil très appréciable.
Les moustaches vous demanderont plus ou moins de temps : le temps de croissance en premier lieu (il faudra attendre de plusieurs jours à plusieurs semaines pour commencer à les tailler, selon la forme et l’épaisseur que vous souhaitez leur donner), et le temps d’entretien en second lieu. Certaines formes de moustaches nécessitent une visite chez le barbier au moins tous les quinze jours pour être passées au fer à moustaches avec réchaud à alcool ! D’autres exigent un entretien plus sporadique : une taille au moins une fois par mois, et le reste du temps, un entretien à domicile. Il existe à cet égard tout un ensemble de produits cosmétiques (pommades), de peignes, de brosses et de ciseaux spécialisés, autant d’accessoires indispensables et trouvables chez un maître barbier. Eh oui, des moustaches, ça se soigne, ça ne se laisse pas à l’abandon ! Mais n’en va-t-il pas de même pour chaque atour d’un homme élégant ? Ce n’est certainement pas Alain, le maître barbier qui nous contredira, lui qui en guise de conclusion nous sert cet extrait de l’épître de Georges Fourest :
Ci-gît Georges Fourest ; il portait la royale
tel autrefois Armand Duplessis-Richelieu,
sa moustache était fine et son âme loyale !
Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu !...
Les moustaches ne sont pas mortes, messieurs, à vous de vous les réapproprier !
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