Bonne pour le corps et l'esprit, la sophrologie fait office d’institution parmi les médecines douces. Créée aux débuts des années 1960, cette discipline aide à atteindre un état de "conscience harmonieuse" en s’appuyant notamment sur des principes empruntés aux traditions orientales. Avec la participation de Sylvie Bellaud-Caro, sophrologue.

La sophrologie, beaucoup en ont entendu parler, peu savent exactement de quoi il retourne. Quand les difficultés de la vie se font trop intenses, quand le stress, la fatigue et la nervosité s’amplifient jusqu’à l’insoutenable, quand nous sommes soumis à des accès d’angoisse ou de panique, quand notre corps se rebelle parce que notre tête va mal, difficile de trouver le traitement approprié. Certains privilégieront la médecine traditionnelle et sa pharmacopée, d’autres opteront pour la psychanalyse. Pour trouver un remède à leurs maux, beaucoup se tournent vers la sophrologie.
Discipline inventée au début des années 1960 à Madrid par le neuropsychiatre colombien Alfonso Caycedo, la sophrologie s’est peu à peu imposée comme l’une des figures de proue de la "médecine douce", en proposant une réponse adaptée aux vicissitudes de nos modes de vie modernes. Mais sur quoi repose cette pratique ? Eléments de réponses avec Sylvie Bellaud-Caro, sophrologue et psychothérapeute.
Conscience altérée
A son origine, la sophrologie (terme que l’on pourrait traduire par "étude de la conscience humaine en harmonie") était considérée par son propre créateur comme une extension de l’hypnose, une méthode permettant aux patients atteints de troubles psychiatriques d’accéder en douceur à différents niveaux de conscience. Au fil du temps et au gré des voyages de Caycedo, cette pratique s’est enrichie des traditions de méditation et de relaxation orientales : yoga, méditation tibétaine et zen japonais. En synthétisant ces techniques et en les rendant accessibles aux mentalités occidentales, Caycedo a développé une méthode de relaxation et de méditation permettant de mieux prendre conscience de son corps et de le remettre en phase avec son esprit.
Au fil du temps, deux "écoles" de sophrologie se sont distinguées. L’une, puriste, applique à la lettre les préceptes du père fondateur, qui se concentrent sur la parenté avec les philosophies orientales. L’autre, qui aujourd’hui constitue le courant dominant en France, s’est rapprochée de la psychanalyse – une discipline dont Caycedo n’était pas friand. Pour Sylvie Bellaud-Caro, la sophrologie est "une méthode synthétique qui permet de redevenir en paix avec son corps, et un ensemble d’outils qui permettent de vivre en harmonie avec soi-même, sur le plan physique, émotionnel et psychique".

A la croisée des chemins
Au croisement de différentes disciplines, la sophrologie invite au retour sur soi et à la reconnexion entre corps et esprit, pour reprendre possession de ses émotions. A l’hypnose, elle emprunte l’état de conscience modifiée par le biais de la relaxation. Une relaxation atteinte par des techniques issues du yoga. Au Tummo tibétain, la sophrologie emprunte plutôt les exercices de visualisation, de projection dans un souvenir, une émotion ou un désir. Au zen japonais, elle emprunte la technique de méditation et la marche consciente. Le tout est synthétisé en une seule méthode, adaptée aux patients. Pour le reste, Sylvie Bellaud-Caro nous déclare : "je suis psychothérapeute, pas psychanalyste. A titre personnel j'ai une vision psychanalytique, mais en tant que sophrologue je développe un dialogue avec le patient, un échange, pour aider l'aider à débusquer ce que lui-même parfois ignore. En séance, j’interviens plus qu’un psychanalyste."
Des objectifs variés
Autre différence notable : la définition d’un objectif. "Bien souvent, mes patients viennent me voir avec un objectif précis, déclare Sylvie Bellaud-Caro. Se débarrasser d’une peur, d’un stress, d’un problème identifié. La thérapie est adaptée à cet objectif." Justement, à quels types de maux est censée répondre la sophrologie ? "A un large éventail, nous répond Sylvie Bellaud-Caro. Stress, phobie, changement de vie, préparation d’examen, acouphènes, insomnies, extrême fatigue, somatisations, crises de panique ou d’angoisses… Bref, des gens qui souffrent dans leur corps mais dont la souffrance trouve bien souvent une origine psychologique." De plus en plus, la sophrologie est également privilégiée par les sportifs, surtout ceux qui ont tendance à enchaîner les blessures ou à faire des blocages. "Je leur apprends alors à considérer leur corps comme un allié, et non comme un outil", nous dit Sylvie Bellaud-Caro.
Certains sophrologues se spécialisent dans le traitement de telles ou telles affections, mais les techniques de la sophrologie permettent a priori d’apporter des réponses à tous les problèmes, ou presque. Il existe bien sûr, des cas plus vagues dans lesquels le patient ressent juste un mal-être général dont il a du mal à identifier la cause. Dans ce cas, la thérapie peut se révéler plus longue, plus sinueuse, plus délicate. Il peut même arriver que les techniques de sophrologie se révèlent impuissantes à libérer un patient. A charge alors pour le praticien de chercher d’autres solutions : hypnose ericksonienne, relaxation de Jacobson, IMO (intégration par les mouvements oculaires)… "même s’il existe une feuille de route de sophrologie, chaque patient est unique et apporte son propre bagage, nous dit Sylvie Bellaud-Caro. A nous, donc, d’adapter nos réponses à ses questions."

Des outils adaptés
Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de notre intervenante, c’est le mot "outil". En sophrologie, il s’agirait donc de trouver les outils les mieux adaptés pour répondre aux besoins du patient. Tout commence par la respiration, et la conscience de la respiration : alpha et oméga de la sophrologie, trop souvent négligée dans notre quotidien. Puis viennent des méthodes de relaxation, simples mais précises, empruntées au training autogène, au yoga, permettant de faire travailler des régions ignorées, et de relâcher les zones de tension. Il s’agit de trouver un équilibre dans l’harmonie du corps, ou de prendre conscience de son corps en mouvement, en déployant l’énergie minimale pour faire un geste – ce que l’on appelle relaxation dynamique. Le travail de visualisation, enfin, est primordial : se replonger dans des choses agréables, voire se projeter par avance dans une situation donnée afin d’en désamorcer le stress. Ces exercices, ou plutôt outils de base sont adaptés au patient, après avoir défini au préalable les raisons (évoquées, pas forcément avérées) de son mal-être. Les séances durent en moyenne 45 minutes, selon un rythme bimensuel ou hebdomadaire – mais l’avantage, c’est que le patient peut reproduire certains des exercices seul chez soi.
Et de fait, la sophrologie est plutôt une discipline solitaire. Très centrée vers soi-même. Mais qui peut trouver des applications à deux, voire à plusieurs. "La sophrologie peut marcher aussi pour le couple, nous dit Sylvie Bellaud-Caro. Notamment pour les futurs parents. Elle aide à se préparer aux émotions et sensations qui accompagnent l’arrivée d’un enfant. Elle aide à se préparer à devenir mère, ou à la procréation médicalement assistée. Certaines sages-femmes proposent aussi des cours de sophrologie pour la préparation à l’accouchement." Autre point qui concerne le couple : les problèmes de sexualité. "Beaucoup de patientes et de patients consultent pour des problèmes de vaginisme, absence de désir, de plaisir, traumas sexuels, éjaculation prématurée, impuissance."
Franchir le pas
Au-delà du couple, la sophrologie s’adresse même à des groupes élargis. Ainsi, Sylvie Bellaud-Caro anime des stages en entreprise sur la gestion du stress et des conflits en milieu professionnels, durant lesquels elle enseigne à des groupes des exercices de sophrologie simples et rapides. On voit donc que les "outils" de la sophrologie peuvent trouver une application dans de nombreux domaines. Nourris à la source de plusieurs pratiques reconnues, ils reposent souvent sur des principes élémentaires. Elémentaires certes, mais pas évidents pour autant. Pour beaucoup de patients, la sophrologie est un dernier recours là où le reste a échoué : médecine traditionnelle, psychanalyse, ou autre. Sylvie Bellaud-Caro : "beaucoup de patients viennent me voir sur les recommandations de leur médecin, ou d’un sexologue, voire d’un acupuncteur. Il y en a aussi qui viennent me voir parce que leur psychothérapie ne leur a pas donné le sentiment d’avancer. Enfin, d’autres viennent me voir spontanément, directement."
Si de l’avis même de notre intervenante, beaucoup de patients sont a priori plus attirés par l’hypnose (qu’elle pratique aussi) que par la sophrologie, l’intérêt pour cette dernière ne se dément pas. Au regard de bon nombre de médecins, la sophrologie est considérée avec sérieux, et pour les patients, le principal enjeu est d’y aller avec conviction et intérêt, car c’est une pratique qui ne souffre pas la réticence. Mais la grosse difficulté pour les patients, c’est de trouver un praticien fiable et compétent, dans une discipline où exercent un certain nombre de charlatans. La vigilance est donc de mise avant de pousser la porte d’un sophrologue. Se faire conseiller par un médecin, s’assurer que le praticien est dûment diplômé (il existe un diplôme d’école, validé par deux parrainages dans le cadre de la Société Française de Sophrologie), est donc primordial avant de se lancer. Pour être bien aiguillés, vous pouvez consulter deux sites très recommandables :
http://www.sophrologie-francaise.com
http://www.sophrologie.com
Remerciements à Sylvie Bellaud-Caro, sophrologue, psychothérapeute, hypnose ericksonienne, IMO.
http://www.hypnose-therapeutique.com
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