Les troubles du sommeil sont les premiers effets de nos tracas quotidiens, stress, mauvaise hygiène de vie, sédentarité… Et quand le sommeil va mal, tout a tendance à se dégrader dans notre vie. Pour retrouver des nuits sereines, nous avons interrogé un expert de la question.

De nombreuses études récentes semblent le confirmer : les Français sont fatigués. Nuits trop courtes ou pas assez réparatrices, sommeil haché ou perturbé par les soucis du quotidien, insomnies ou parasomnies… nos nuits ne sont plus ce qu’elles étaient ! Et si les problèmes diurnes ont facilement des répercussions nocturnes, on n’est jamais très loin du cercle vicieux : en effet, les troubles durables du sommeil peuvent entraîner en journée fatigue persistante, baisse de concentration et irritabilité. La vie professionnelle et sociale s’en voit affectée… et la vie de couple aussi ! Ces questions ne sont donc pas à prendre à la légère et doivent être embrassées dans leur globalité : origine des troubles, traitement approprié des causes, réflexion sur les conditions et la qualité du sommeil. Sophrologue et créateur du site www.somnea.fr, Olivier Follin essaie d’apporter des réponses adaptées aux personnes souffrant de troubles du sommeil. Il a accepté de répondre à nos questions.
Sommeil en eaux troubles
Première constatation d’Olivier Follin : si les troubles du sommeil sont un mal répandu en ce début de XXIème siècle, ils ne sont qu’une des pièces d’un vaste puzzle où les problématiques de santé s’imbriquent les unes dans les autres. "Je ne sais pas si les Français souffrent davantage de troubles du sommeil qu’autrefois, nous déclare-t-il. Ce qui est certain, c’est que dans notre société, nous acceptons de moins en moins quand ça ne va pas bien dans notre vie. Or celle-ci, pour beaucoup d’entre nous, est de plus en plus agressive. Pas dans un sens de violence physique, mais de manière insidieuse et pesante. Nous sommes soumis à toutes sortes de pressions, professionnelles, personnelles et sociales, et il est parfois difficile de gérer tout cela, de prendre du recul. Le stress, le mal-être, l’anxiété accrus se convertissent donc en troubles du sommeil."
Les troubles du sommeil ne seraient donc pas un mal en soi mais la résultante de problèmes plus profonds et généralement difficiles à démêler. "De façon générale, il est clair que l’évolution de notre mode de vie a des incidences sur notre sommeil, poursuit Olivier Follin. Nous sommes plus soumis au stress ou aux pressions quotidiennes, en milieu citadin notamment. Nous sommes aussi plus sédentaires, nous faisons moins de sport et dépensons moins d’énergie. Enfin, nous avons souvent en journée de mauvaises habitudes, notamment alimentaires, qui ont des répercussions sur notre sommeil." Il ne faut pas négliger non plus, dans ce changement de mode de vie, une réduction évidente du temps de sommeil : "en un siècle, nous sommes passés en moyenne de 9 heures à 7 heures de sommeil par nuit, avance Olivier Follin. On rentre du travail plus tard, on regarde davantage la télévision et jusqu’à des heures plus avancées… tout cela joue forcément." Les autres causes de troubles du sommeil sont aussi à chercher du côté de ce que l’on appelle les parasomnies : tout ce qui est ronflements, somnambulisme, apnée du sommeil, problèmes respiratoires, grincements de dents, etc. Autant de cas qui concernent de plus en plus de Français.

C’est donc entendu, les Français (mais pas qu’eux…) dorment de plus en plus mal. Mais quelles sont les répercussions exactes de ces troubles du sommeil ? "Bien évidemment, la première conséquence d’un trouble du sommeil est une fatigue excessive et persistante, avance Olivier Follin. On ne récupère pas pendant la nuit, on se réveille fatigué et on garde cette fatigue toute la journée. Cela a des incidences sur le moral, la concentration au travail, les rapports humains. Cela rend irritable voire déprimé. Et cela crée souvent un cercle vicieux : on devient de plus en plus préoccupé, on perd confiance dans son sommeil, on devient obsédé par cela, et on a même tendance à trop dramatiser ces problèmes, ce qu’il ne fait surtout pas faire."
Seuls dans la nuit
Ce sont donc des personnes totalement désemparées qui viennent parfois faire appel aux conseils d’Olivier Follin. Qui exactement ? "Beaucoup de patients me sont envoyés suite à une orientation médicale ou paramédicale. Il s’agit pour la plupart de personnes très anxieuses, qui n’ont plus de solutions et qui exigent la mise en place d’un programme personnalisé pour répondre à une problématique précise de trouble du sommeil." Soucieux d’apporter une réponse individualisée à chacun (voir plus loin), Olivier Follin avoue qu’une bonne part de sa clientèle est composée de personnes âgées, qui sont traditionnellement les plus frappées par les troubles du sommeil. Les cadres citadins, hyperactifs et stressés, sont également concernés. "On constate aussi que les femmes sont plus souvent sujettes aux insomnies et aux troubles du sommeil que les hommes, précise Olivier Follin. D’ailleurs, ces problèmes ne sont pas sans conséquences sur la vie de couple en général ! L’âge venant, il n’est pas rare de voir des couples faire chambre à part ou lits séparés pour ne pas avoir à subir les insomnies de l’autre. A la longue, avoir un partenaire qui ronfle, qui s’agite, qui est nerveux, ou au contraire qui dort à poings fermés alors que vous n’arrivez pas à fermer l’œil, cela peut créer de la gêne, de la frustration et des tensions." On ne sera donc pas surpris d’apprendre que certaines personnes viennent en couple pour solliciter l’aide d’Olivier Follin…
Nombreux sont les autres "cas" de troubles du sommeil auxquels Olivier Follin essaie de trouver une réponse : cela va des personnes frappées de terreurs nocturnes (cauchemars dont on ne se souvient pas), aux personnes dépressives dont le sommeil se voit perturbé, bien que dans ce cas précis, les solutions relèvent davantage de l’aide psychiatrique. Olivier Follin souligne : "les dépressifs ont tendance soit à se réfugier dans le sommeil, et donc à dormir trop, soit à avoir un sommeil haché, avec un réveil nocturne ou précoce. La dépression génère de l’insomnie, et vice versa. Il s’agit donc la plupart du temps de mécanismes complexes qui nécessitent une assistance psychanalytique ou médicamenteuse, et face auxquelles mes méthodes sont hélas limitées." Mais justement, ces solutions, quelles sont-elles ?

Chacun son sommeil
"Il faut tout d’abord accepter le fait que nous ne sommes pas tous égaux face au sommeil, prévient Olivier Follin. Beaucoup de personnes sont persuadées qu’elles doivent dormir sept heures par nuit alors qu’en fait, leur besoin de sommeil est plus important ou plus faible. On peut être court dormeur sans le savoir. Ou gros dormeur, et ne pas l’accepter pour diverses raisons. La première chose à bien comprendre, c’est que le sommeil, ça se gère." Gérer son sommeil… que faut-il entendre par là exactement ? "Ce que j’essaie d’abord d’inculquer aux personnes qui viennent me voir, ce sont des exercices de relaxation. Beaucoup de gens ont tendance à trop dramatiser le fait d’avoir des insomnies. Comme le sommeil ne vient pas, elles ne cessent de cogiter, ruminer, s’énerver. J’essaie de leur apprendre à changer leur comportement dans le lit, à trouver une position, à respirer, à se détendre sans plus penser à rien."
Ces exercices de relaxation s’apprennent via des séances de 45 minutes à 1 heure, qu’Olivier Follin dispense à son atelier ou à domicile. Il s’agit principalement de travaux de respiration, visant à retrouver calme et tranquillité pour lutter contre les troubles du sommeil. Pour Olivier Follin, le tout est de savoir s’adapter aux personnes qui s’adressent à vous : "j’ai noté que les gens ont envie de résultats rapides, sinon ils perdent vite patience. J’ai donc épuré les techniques de relaxation, afin que dès la deuxième ou troisième séance on puisse en ressentir les effets. Cela dit, tout le monde n’est pas fait pour ce type d’exercices. Si j’ai affaire à quelqu’un d’hyperactif, j’insisterai sur d’autres solutions." Des solutions comme l’exercice physique, par exemple. Ayant constaté que beaucoup de ses patients manquent de dépense énergétique et cardiovasculaire, Olivier Follin fait parfois office de coach sportif auprès d’eux, ou leur donne des conseils alimentaires. "Il s’agit de trouver avec les patients, des pistes de réflexion pour améliorer ce qui ne va pas dans leur quotidien, précise notre témoin. Lorsqu’il s’agit d’améliorer notre sommeil, tous les critères entrent en jeu, comme la qualité de la literie, la luminosité (il est prouvé qu’on secrète la mélatonine, ou hormone du sommeil, dans l’obscurité), la température et l’humidité de la chambre (il faut privilégier les matières thermosensibles pour se couvrir), la disposition de l’environnement, l’aération, le bruit. Tout doit être pris en compte pour retrouver un sommeil serein et réparateur."
Bien sûr, certaines pathologies comme les ronflements ou l’apnée du sommeil nécessitent un suivi médical approfondi. Mais pour la plupart d’entre nous, il convient juste de se poser les bonnes questions pour avoir les réponses, et ainsi retrouver un sommeil bien dosé.
Tout cela a l’air évident, mais pas tant que ça finalement, comme peut le constater Olivier Follin : "j’anime des ateliers en entreprise et il est impressionnant d'observer tous les problèmes de fatigue et de stress. Bien sûr, cela dépend des métiers et des enjeux, mais dans l’absolu nous sommes de plus en plus confrontés à de fortes pressions que nous n’arrivons pas à évacuer. Nous accumulons au quotidien une fatigue qui finit par avoir des répercussions sur notre vie professionnelle… Prenons l’exemple des Japonais, qui se réservent dans la journée de courtes plages de sommeil pour récupérer. Dans mes ateliers, j’essaie d’apprendre aux salariés à faire des micro-siestes réparatrices, à certains moments clés de la journée. En gérant leur fatigue, ils gèrent aussi leur concentration et leur efficacité. Ils sont moins stressés, plus détendus, tout le monde y gagne. Mais le sommeil en entreprise, c’est un sujet encore tabou en France. Il y a du chemin à faire…" Réapprendre à dormir, à gérer sa fatigue et son sommeil, à être à l’écoute de son corps : ce qui a l’air simple en apparence, peut s’avérer finalement assez compliqué. C’est pourtant la clé de ce "mal du siècle" que sont les troubles du sommeil.
Remerciements à Olivier Follin. www.somnea.fr
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Vos commentaires
Invité
Merci
je vais pouvoir enfin expliquer pourquoi je ronfle... car j'ai sommeil.
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Invité
Plus je vieillis
moins je dors, et ça me dessert dans la journée... mais je refuse encore de prendre des somnifères pour m'endormir. Jusqu'à quand ?