> Aromathérapie, les bienfaits de la nature
Reine parmi les médecines douces, l’aromathérapie puise ses origines dans la nuit des temps et tire ses vertus des huiles essentielles issues des plantes. Rencontre avec une spécialiste de cette discipline, qui soigne les maux du corps comme de l’esprit.
Les vertus médicinales, palliatives et curatives des plantes ne sont plus à prouver : elles sont connues depuis la nuit des temps. Intuitivement, les hommes ont toujours su exploiter les bienfaits des huiles essentielles issues des plantes, jusqu’à ce qu’ils apprennent à en identifier les spécificités respectives. En quelque sorte, l'aromathérapie est l’aboutissement de cette tradition multimillénaire. Bien qu’elle n’ait été établie en tant que pratique qu’au début du XXème siècle, elle a connu une lente maturation au fil du temps, se nourrissant des savoirs orientaux et occidentaux pour se distinguer progressivement de la phytothérapie (en savoir plus), sa sœur naturelle. Afin de mieux connaître son histoire et ses bienfaits, nous avons rencontré Valérie Rousseau, aromathérapeute à Paris.
Racines
Il est pratiquement impossible de situer avec précision l’origine de l’aromathérapie, tant les hommes ont toujours utilisé les plantes pour se soigner, se purifier, se relaxer. Les huiles essentielles étaient déjà extraites des plantes par les Egyptiens (elles étaient même utilisées dans le processus de momification), mais aussi dans la Chine et l’Inde antique. Au Moyen-âge, c’est sous l’influence du médecin philosophe Avicenne et surtout de l’alchimiste Jabir Ibn Hayyan (inventeur de l’alambic) que la connaissance des vertus médicinales des plantes et l’extraction de leurs huiles essentielles fait de considérables progrès. En France, l’exploitation des plantes à des fins d’abord cosmétiques (parfumerie) puis médicales, se précise aux XVIème et XVIIème siècles. Mais c’est au début du XXème siècle qu’un chimiste français, René Maurice Gattefossé, consacre des recherches approfondies aux principes des différentes huiles essentielles et codifie ce qui va devenir l’aromathérapie.
Au fil des décennies, le champ de connaissance de l’aromathérapie n’a cessé de se développer. De plus en plus de gens s’y sont convertis, en tant que praticiens ou en tant que "patients". Même la médecine traditionnelle, qui pourtant a tendance à regarder les médecines douces avec circonspection, accepte de reconnaître les bienfaits de l’aromathérapie, par le biais notamment de docteurs comme Jean-Pierre Willem, co-fondateur de Médecins Sans Frontières. Néanmoins, la frontière entre l’allopathie classique et la naturopathie reste assez tenace : d’un côté, des médicaments faisant appel à des molécules agencées en laboratoire, de l’autre des soins reposant sur des molécules vivantes strictement naturelles.
De là à cantonner la naturopathie, et l’aromathérapie en particulier, au rayon des pratiques new age pour accros du zen, il n’y a qu’un pas, que certains n’hésitent pas à franchir. Il n’en demeure pas moins que nous sommes de plus en plus nombreux à rechercher des solutions saines et naturelles à nos soucis quotidiens – stress, insomnie, dépression, fatigue – et à nos affections tenaces – problèmes circulatoires, migraineux, digestifs, bronchiaux ou autres. Pour Valérie Rousseau, l’aromathérapie constitue une réponse complète aux maux du corps et de l’esprit, qu’ils soient durables ou passagers. Initiée à cette pratique il y a une quinzaine d’années en Asie, elle a développé une approche "holistique" visant à trouver un équilibre sanitaire et émotionnel par le biais des huiles essentielles. Tout en précisant que chaque praticien a ses petites recettes, Valérie Rousseau nous donne les siennes…
Substantifique moelle
Pour définir au mieux les huiles essentielles, Valérie Rousseau nous explique : "Les huiles essentielles sont des substances aromatiques, volatiles, créées par photosynthèse et stockées dans différentes parties des plantes. On peut les retrouver dans la racine (gingembre, céleri), le tronc (cèdre, santal), sous forme de résine (benjoin, encens), dans les feuilles (eucalyptus, petit grain), les fruits (agrumes) et les fleurs (rose, camomille). Elles sont obtenues par distillation à la vapeur d’eau, et par expression à froid pour les agrumes." Voilà pour le principe, en sachant que toutes les plantes ne sont pas égales face à la quantité d’huiles essentielles qu’elles peuvent produire : ainsi, pour une tonne de plantes fraiches, on obtiendra 30 à 80 grammes d’huile de rose, 150 grammes de néroli (fleur d’oranger), 10 kg de lavande et 30 kg d’eucalyptus. Cela a bien entendu une incidence sur les prix : des huiles essentielles d’agrumes sont très bon marché, alors que des huiles essentielles de roses sont extrêmement onéreuse (compter 80 € pour 2 ml).
Pour le reste, que sont exactement ces huiles essentielles ? Pour Valérie Rousseau, elles représentent l’énergie vitale et "l’intelligence" de la plante, condensées sous forme liquide : "A cet égard, elles agissent aussi bien au niveau physique, énergétique que psycho-émotionnel, dans le domaine médical, familial, cosmétique, culinaire, en massage, dans la gestion des maux psychologiques, dans la prévention et l’accompagnement des maux récurrents." Il existe plus de 250 molécules répertoriées parmi les huiles essentielles (réparties en sept grandes familles), chacune ayant ses propriétés singulières : antispasmodique, antiviral, anti-infectieux, anti-inflammatoire… Si l’on ajoute que certaines de ces molécules peuvent être combinées (on appelle cela une "synergie"), on peut additionner les vertus de différentes huiles ! Certaines combinaisons sont bien connues, d’autres peuvent se découvrir au feeling, de manière impérieuse, au gré du temps, d’autres enfin, sont carrément antagonistes (Valérie Rousseau nous cite l’exemple de la camomille et de la menthe poivrée, un apaisant contre un stimulant). L’aromathérapie nécessite de maîtriser certaines connaissances et précautions de base mais chacun peut apporter sa contribution en apprenant à développer sa mémoire olfactive, en étant en prise avec son corps et ses émotions, et en étant à l’écoute de soi et des autres.
S’il est très aisé de se procurer des huiles essentielles (elles sont facilement trouvables sur le net ou dans les boutiques de bien-être) et de s’initier à leurs bienfaits, Valérie Rousseau préconise toutefois un accompagnement pour bien débuter. "Certains ouvrages donnent des conseils inconsidérés, notamment concernant l’ingestion des huiles essentielles, nous explique-t-elle. Il vaut mieux donc faire une petite formation ou s’informer auprès d’un thérapeute avant de se lancer. Par voie externe, il n’y a pas de risque particulier mais les peaux favorables aux réactions cutanées, aux allergies ou à l’eczéma doivent faire attention : il vaut mieux ne pas appliquer d’huile pure et la diluer avec une crème ou une lotion. Mais surtout, il faut être vigilant pour tout ce qui est absorption des huiles. Pas plus de six gouttes par jour, même si certains ouvrages préconisent le contraire, pas de mélanges hasardeux, et surtout pas d’huiles puissantes comme la cannelle, l’origan ou le girofle." Les contre-indications usuelles s’appliquent aux femmes enceintes (plusieurs huiles leur sont rigoureusement interdites, comme le basilic, le cèdre, le jasmin, le romarin, la menthe, le thym, etc.), aux nouveau-nés et jeunes enfants. Les huiles essentielles ayant des propriétés puissantes, il est important de respecter les mises en garde et précautions qui les accompagnent, et aussi d’en respecter les dosages.
Mets de l’huile
Par leur nature fluide et volatile, les huiles essentielles favorisent de nombreux usages. Elles peuvent s’utiliser chez un aromathérapeute bien sûr, mais surtout chez vous, voire au bureau (au Japon, certaines entreprises ont diffusé des huiles de citron pour tonifier leurs équipes ; on mentionne aussi le cas de dentistes qui ont diffusé de l’huile d’orange pour apaiser leurs patients…) Elles peuvent, surtout, s’utiliser sous différentes formes :
- Diffusion : par un brûle-parfum ou de préférence par un diffuseur, les huiles essentielles mélangées à de l’eau chauffée à 30°C maximum diffusent une odeur aux vertus thérapeutiques (eucalyptus), apaisantes (santal, géranium) ou tonifiantes (citron, cyprès).
- Inhalation : quelques gouttes dans un bol d’eau chaude ou un inhalateur permettent de soigner les affections des bronches ou des voies respiratoires, voire même à titre préventif.
- Massage : mélangé avec une crème, une huile végétale ou un lait pour le corps, les huiles essentielles ont des vertus relaxantes pour un massage de tout le corps (faible dosage, pas plus de 10 à 20 gouttes) ou des vertus curatives pour un enveloppement d’une partie sensible, dos, bronches (dosage de 50 gouttes maximum). Eviter les muqueuses et les parties génitales.
- Compresses : quelques gouttes appliquées sur un tissu froid ou chaud, guérissent les maux de tête ou maux de ventre.
- Bains : quelques gouttes mélangées à un bain douche, un peu de lait ou diffusées via un disperseur (lipophiles, les huiles essentielles ont tendance à ne pas se mélanger à l’eau) donnent à votre bain des vertus relaxantes et apaisantes.
- Voie interne : la solution qui nécessite le plus de précautions, elle doit être utilisée dans des cas très précis (certaines sont neurotoxiques ou hépatotoxiques), pour soigner des cas d’urgence, et dans des doses rigoureuses (pas plus de 6 gouttes, en 2 ou 3 prises). Mais leur efficacité est décuplée, comme dans le cas de l’huile de thym, qui combat les virus et bactéries.
Sous ces diverses applications, les huiles essentielles présentent donc des vertus tantôt apaisantes, tonifiantes, préventives, immunitaires, curatives… Elles luttent aussi bien contre les problèmes psychologiques (stress, dépression, deuil) que physiques (circulation, digestion, bronchites, otites, mycoses). Elles ont toutes des "vibrations" différentes qui tiennent à la partie de la plante dont elles sont issues : les racines et les bois ancrent et enracinent, les fruits aident à s’ouvrir et apaisent les émotions, les feuilles ont des pouvoirs soignants, les fleurs ont des vertus apaisantes. Valérie Rousseau a bien sûr ses "préférées" (la camomille, la lavande, la rose) mais pour débuter elle recommande toujours le recours aux bois ("pour s’ancrer dans le sol, les occidentaux vivant en général trop dans leur tête") aux huiles toniques (citron, basilic, cyprès) ou calmantes (géranium). Certaines sont plutôt féminines (orange, rose, néroli, les fleurs en général), d’autres plutôt masculines (vétiver, poivre, gingembre, citron). D’autres enfin, comme la lavande, sont mixtes, par leur spectre très large et complet.
Et le couple dans tout ça ? Il n’est pas en reste, bien sûr, puisque les huiles essentielles peuvent aussi booster la libido : bois de santal, ylang-ylang, cèdre, vétiver, bois de rose, gingembre, bergamote, mandarine, benjoin, jasmin, sont autant d’huiles qui, combinées subtilement, "peuvent considérablement améliorer vos baisses de désir passagères ou durables" (en diffusion, en bain ou en massage sur le corps, le ventre, le bas du dos et la colonne vertébrale). Bref, on le voit, les huiles essentielles ont de nombreux bienfaits, à condition de ne pas jouer à l’apprenti sorcier et de respecter ses propres limites. Une initiation en douceur est recommandée pour s’ouvrir au monde complexe de l’aromathérapie, qui s’adresse à tous les âges et tous les sexes (même si Valérie Rousseau admet que ses stagiaires sont à 80% des femmes pour le moment). De son propre aveu, "une fois que l’on s’est converti, on ne peut plus s’en passer !" Vous laisserez-vous tenter ?
Remerciements à Valérie Rousseau, aromathérapeuthe www.zendesoi.com
A lire : Jean-Pierre Willem, Les huiles essentielles, médecine d’avenir, Editions Dauphin.
| Par Mathieu Doumenge | 29/04/2008 | ![]() |
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2 commentaires |
oui? | posté par Inconnu
04/05/2008
j'ai pas réussi à lire jusqu'à la fin. Désolé.
huiles essentielles | posté par Inconnu
30/04/2008
J'utilise depuis longtemps les huiles essentielles et je fabrique moi-même mes produits de beauté et de soins avec celles-ci. Ca fait beaucoup de bien à la peau !
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