> Obésité infantile : mieux vaut prévenir que guérir
Devenu un phénomène d’une ampleur inquiétante, l’obésité infantile est, désormais, un enjeu majeur de santé publique. Car les problèmes de surpoids qui touchent de plus en plus d’enfants chaque année ont de graves conséquences sur la santé. Nicolas Sahuc, diététicien-nutritionniste, répond à nos questions.
Depuis plusieurs années, la prévalence de l’obésité infantile augmente rapidement dans tous les pays industrialisés. Exit tous les préjugés sur l’exception française censée nous protéger d’un mal considéré comme emblématique du "modèle américain". Le pays de l’art de vivre et de la cuisine saine est malheureusement aussi touché que ses voisins européens. En France, le pourcentage d’enfants en surpoids était de 3% en 1965. Aujourd’hui, plus d’un enfant sur six est touché : 14,5% d’enfants en surpoids, plus 4% d’obèses. En dix ans, le nombre d’enfants obèses à été multiplié par deux. Et si cela ne touche pas les régions de la même façon (22,2% des enfants présentent un excès pondéral en Corse contre 10,6% dans les Pays de la Loire !), le phénomène concerne autant les filles que les garçons. Et, en définitive, la question se pose : mais où en serait-on aujourd’hui si la France n’était pas le pays de l’art de vivre ?
Faire face à l’obésité infantile
L’obésité infantile est l’objet d’une lutte conjointe des associations et des pouvoirs publics. Les associations du collectif "Obésité : protégeons nos enfants" ont déclaré récemment que les mesures prises étaient "enfin à la hauteur de l’enjeu sanitaire". En effet, le Ministère de la santé a dévoilé les principaux axes de la lutte contre l’obésité infantile. D’une part, un texte de réglementation nutritionnelle devra être appliqué dans la restauration scolaire, et d’autre part, les confiseries disponibles au niveau des caisses des supermarchés devront être retirées. Enfin, le ministère annonce "une concertation sur la publicité à destination des enfants" destinée à préparer l’interdiction "des publicités portant sur des produits trop gras ou trop sucrés". Reste à savoir si ces mesures s’avéreront assez efficaces pour faire face à l’obésité infantile.
Au-delà des conseils nutritionnels de bon sens (éviter le grignotage, la surconsommation des graisses saturées, des protéines, de sucres rapides et des boissons sucrées), les nouvelles études mettraient en avant les bienfaits de l’allaitement maternel comme moyen de prévention de l’obésité infantile. En effet, les résultats montrent qu’à un an les bébés nourris au lait maternel pèsent 500 grammes de moins que les bébés nourris au lait artificiel (voir article). Nicolas Sahuc, diététicien-nutritionniste, président de l'association "L'ACT, redonnons les sens du comportement alimentaire", répond à nos questions et nous donne d’autres pistes qui permettront aux parents de mieux comprendre et de mieux prévenir ce mal terriblement d’actualité.
Comment définir l’obésité infantile ? Comment la dépister ?
Pour définir une obésité chez l'enfant, l'outil de référence est l'Indice de Masse Corporelle (I.M.C. ou B.M.I.). Il est établi par le rapport du poids (en kg) divisé par la taille (en m) élevée au carré : il y a obésité si l'I.M.C. est au dessus du 97e percentile. À l'âge de 6 ans, dans l'évolution de l'enfant, on observe une augmentation du tissu adipeux. Cette zone s'appelle le rebond d'adiposité. Ce rebond doit être non brutal et donc doit être surveillé. En vous reportant sur le carnet de santé de votre enfant vous allez pouvoir situer votre enfant, cela sous le contrôle du professionnel de santé.
De nombreuses études vont apparaître grâce aux actions réalisées dans les "villes santé". Pour parler de Nîmes, nous avons dépisté plus de 800 enfants dans les classes scolaires, dont 80 enfants étaient en obésité de grade I ou II. Cette étude se réalise sur 5 ans. De fait, Il est difficile d'évaluer l'obésité à l'instant "t" car les variations de poids et la croissance font évoluer l'I.M.C. rapidement. Lorsque l'on observe un arrêt de la croissance et/ou du poids, la consultation devient nécessaire.
Pourquoi l’obésité infantile est-elle en augmentation ?
Les raisons et les pistes de réflexion sur l'augmentation de l'obésité sont multiples. On peut les lister mais cela ne serait même pas exhaustif. La génétique, la psy-sociologie de la famille, l'environnement obésitogène avec l'abondance d'aliments à proximité, le pouvoir d'achat etc. Réduire à une seule cause l'augmentation de l'obésité est dangereux. L'obésité et sa croissance est au carrefour de nombreux facteurs qui doivent être étudiés lors de la prise en charge.
Quels sont les risques et les conséquences sur la santé ?
Le premier risque est le fait de rester obèse à l'âge adulte. Mais, tous les enfants ne vont pas devenir obèse adulte, car il se passe un phénomène de régulation qui s'opère avec la croissance et l'individualisation de la personne. Pour se pencher sur les conséquences somatiques, nous pouvons citer l'apparition du diabète de type II, les complications cardiovasculaires, les risques de cancer... En revanche, il est difficile de mesurer les répercussions psychologiques : estime de soi, confiance en soi, relation interpersonnelle, l'isolement de l'individu, la stigmatisation.
Comment prévenir ce risque d’obésité ?
Les messages actuels peuvent avoir un effet contre productif sur la population. Chaque personne a le choix de sa vie et reste maître de ses choix, c’est la réactance. La prévention se base sur les conseils délivrés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS) sur des règles de bon sens : consommer de tous les groupes des aliments et pratiquer une activité physique adaptée. Enfin, les professionnels sont des accompagnants et il est nécessaire que tout régime alimentaire soit réalisé avec un expert de la nutrition diplômé. Pas de régime seul !
L’environnement alimentaire est-il fondamental pour prévenir le risque d’obésité chez l’enfant ?
L'environnement est une notion complexe. En fait, d'une part les enfants le subissent, d’autre part, ils le maîtrisent. Premièrement, ils subissent le comportement alimentaire des parents, le choix des repas et leur culture sociale. Pour résumer en fait, le "poids de la culture et de l'éducation". Mais, d'autre part, ils peuvent influencer le choix des parents : prenons l'exemple de "l’enfant-roi" qui choisit ses aliments au moment des courses à la place de ses parents.
La compréhension de la disponibilité alimentaire (forte présence de supermarchés et de points de vente d'aliments) et la difficulté à différencier le besoin de l'envie de l'enfant font que l'environnement peut entraîner l'augmentation du poids.
L'environnement devient aussi une pression par le biais médiatique et publicitaire ainsi que par le fait des nouvelles connaissances médicales. En effet, plus on en sait, plus on devient perdu face à notre alimentation. En définitive l'environnement est important, mais l'éducation est encore plus fondamentale. Les parents ont le rôle le plus important dans l'éducation à l'alimentation.
Comment prendre en charge un enfant obèse ? Quels sont les traitements ? Et existe-t-il un poids idéal ?
La prise en charge de l'enfant doit se faire avec l'ensemble de la famille. Chaque membre de la famille a une influence dans le repas et sur le rythme de la famille. L'aide du professionnel est nécessaire et primordiale pour expliquer, valider et invalider les idées préconçues sur l'alimentation. En somme tordre le coup aux idées reçues qui sont encore nombreuses à circuler. Il n'existe pas de traitement qui ait prouvé son efficacité. C'est un travail d'équipe avec la famille et dans sa globalité. Le maintien d'un discours autoritaire entraîne ce que l'on appelle la "restriction cognitive". Enfin chaque individu possède son poids de régulation. Il est propre à chacun et évolutif avec l'âge. Par conséquent, il n'existe pas de poids idéal de préférence mais il existe une plage de poids dans lequel l'individu se sent bien sans retentissement sur le plan somatique.
Remerciements à Nicolas Sahuc, diététicien-nutritionniste.
| Par Chérif Slimani | 05/02/2008 | ![]() |
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1 commentaires |
De la compréhension... | posté par nicolas
06/02/2008
J'éprouve finalement une certaine forme de tendresse pour ces enfants obèses, en fait des victimes de leur environnement (pubs, parents) qui leur inculque souvent consciemment le "mal manger" comme seule façon de se nourrir.
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