© Copyright : iStockManger trop, ou pas assez, se relever la nuit pour engloutir tout ce qui se trouve dans le réfrigérateur ou à l’inverse, s’abstenir de manger durant plusieurs jours, sont des signes de troubles alimentaires qui peuvent très vite s’avérer dangereux. On constate malheureusement que ces troubles peuvent toucher tout le monde et ne sont pas forcément visibles physiquement avant que les dégâts ne soient trop importants. Pour résumer, les anorexiques ne sont pas toujours d’une maigreur extrême et les boulimiques ne sont pas forcément obèses. Pourtant, les dangers sont tout de même présents. Pas évident, donc, pour l’entourage de reconnaître que la personne souffre d’une de ces maladies (parfois même des deux en même temps) et bien souvent lorsque cela devient évident, il est déjà presque trop tard. Brigitte Danchin, médecin nutritionniste, nous aide à reconnaître les comportements qui doivent alerter et surtout conduire à consulter un médecin.
Quelles sont les définitions exactes des troubles alimentaires, comme l’anorexie et la boulimie ?
Brigitte Danchin : L’anorexie est le refus de se maintenir à un poids normal avec une peur intense de prendre du poids. Il y a une influence excessive du poids et des formes sur l’estime de soi, et surtout du déni de la gravité de la maigreur.
La boulimie correspond à une absorption en un laps de temps limité (moins de deux heures), d’une quantité de nourriture très supérieure à la normale, avec la sensation de perdre le contrôle (sentiment que l’on ne va plus jamais pouvoir s’arrêter de manger par exemple). Cela s’apparente à une compulsion, à savoir l’envie irrépressible et angoissante de manger n’importe quoi alors que l’on n’a pas faim.
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© Copyright : iStockQuels sont les signes extérieurs qui permettent de constater l’un de ces troubles ?
B.D : Pour une personne qui souffre d’anorexie, les signes ne sont malheureusement pas visibles tout de suite. La personne est hyperactive, nie la fatigue et méconnaît les besoins de son corps (marches épuisantes, nages dans l’eau glacée par exemple), elle lutte contre le sommeil ou le réduit. On note souvent aussi qu’elle va se surinvestir dans tout ce qui concerne l’intellect. La personne souffrant d’anorexie va peu à peu refuser sa sexualité et n’éprouvera plus aucun plaisir d’aucune sorte. Elle aime très souvent cuisiner… pour les autres ! Elle s’isole petit à petit de la société, n’a plus le goût aux sorties et refuse toutes les invitations à dîner à l’extérieur. Puis vient le temps où elle devient de plus en plus critique avec son corps, mesure ses cuisses avec ses doigts, ne supporte qu’un ventre concave et trouve que les mannequins sont obèses !
Lorsque l’anorexie atteint un stade avancé, la personne est bien sûr hyper maigre et n’a plus de règles quand c’est une fille. Il existe une dépression dans 21% des cas, des troubles du comportement alimentaire dans 12% des cas (compulsions et boulimie, mais le sujet se fait vomir), des troubles de la personnalité dans 18% des cas, la consommation de drogues dans 19% des cas et une schizophrénie dans 6,5% des cas. Il faut savoir que la mort est au rendez-vous dans 2 à 5% des cas et que la guérison ne survient que dans environ 50% des cas.
Pour la personne boulimique, les signes peuvent être visibles plus tôt : la personne va se "remplir" plus qu’elle ne mange réellement. Elle mange beaucoup plus rapidement que la normale même quand elle n’a pas faim et en dehors des heures de repas. La personne se cache quand elle mange car elle a honte, se sent dégoûtée d’elle-même, déprimée et très coupable après la crise. Les crises sont en général d'une fréquence de deux par semaine. La personne est souvent en surpoids mais si elle se fait vomir après la crise, alors son poids peut rester stable. Elle peut bien entendu être dépressive avec des tendances suicidaires. Et surtout peut en arriver à voler des aliments ou de l’argent pour pouvoir satisfaire son besoin de nourriture (comme la drogue).
Y a-t-il des personnes plus touchées par ces troubles alimentaires ? Et surviennent-ils suite à des troubles qui peuvent être liés au psychique plus qu’au physique à proprement parler ?
B.D : Traditionnellement, l’anorexie touchait les adolescentes brillantes, citadines et bourgeoises vivant dans un pays occidental. Même si cela reste vrai, aujourd’hui, le cliché a évolué et l’anorexie peut toucher tout le monde ! Toutes les origines, toutes les couches de la société que ce soit en milieu rural ou urbain, et même les enfants et les garçons. L’origine exacte de l’anorexie n’est toujours pas définie à l’heure actuelle. C’est une maladie multifactorielle mettant en cause la génétique, l’immunologie, l’environnement socioculturel (le culte de la minceur dans les médias, sur les podiums de la mode…), les antécédents familiaux psychiatriques et l’entourage familial.
La boulimie touche essentiellement les femmes (en France, 9 boulimiques sur 10 sont féminines, ce qui représente 2% de la population générale, et parmi elles, 4 à 8% sont de jeunes étudiantes, soit 220 000 femmes). Elle est liée à des causes d’ordre psychologique : troubles du désir et dépression. Pour certains, c’est une dépendance, une addiction semblable à la dépendance à l’alcool ou à la drogue. Les parents des enfants boulimiques sont parfois décrits comme absents ou en conflit.
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© Copyright : iStockComment doit-on agir lorsqu’une personne de notre entourage souffre de ces troubles ?
B.D : On doit en parler avec elle et la convaincre d’aller consulter un ou plusieurs spécialistes.
L’entourage n’est donc pas apte à aider la personne malade ? Il faut nécessairement faire appel à un spécialiste ?
B.D : Oui, on doit obligatoirement passer par la médecine. Le traitement se fait en plusieurs étapes. Il faut un soutien par un psychothérapeute (thérapie cognitive et comportementale). Autant que possible, il ne faut pas séparer l’enfant de sa famille (sauf s’il existe un grave problème psychiatrique ou une dépression, ou si la famille est pathologique, ou s’il existe des complications cliniques qui exigent une hospitalisation). La psychothérapie familiale sera certainement utile en cas d’anorexie précoce. Une psychothérapie individuelle sera plus adaptée pour une anorexie plus tardive. Il faut bien évidemment un soutien nutritionnel. Le seul contrat à établir avec le malade est qu’il reprenne du poids et qu’il aille mieux. On peut se mettre d’accord avec lui sur ce qu’il va manger. C’est le "deal". On débute généralement par 300 calories par jour puis on augmente progressivement. Il existe des structures d’accueil telles que la Maison de Solenn (www.mda.aphp.fr) qui propose aux jeunes anorexiques toutes les unités nécessaires à leur rétablissement en hôpital de jour ou pour des hospitalisations vraies. Il faut bien entendu rappeler que plus la prise en charge est précoce, plus elle est efficace.
Rien ne sert donc de rabâcher au malade qu’il doit "manger parce qu’il est trop maigre" ou à l’inverse "arrêter de manger parce qu’il va être trop gros". Ces troubles alimentaires sont liés à des troubles psychologiques qui ne peuvent pas être soignés par la famille ou les proches directement. Il est donc important de noter tout changement alimentaire suspect dans la vie d’un enfant, adolescent ou même d’un adulte qui pourrait être le premier signe de ces troubles…
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