
> Allaitement et santé, au bonheur des bébés
L’allaitement semble connaître un nouvel engouement chez les jeunes mamans. S’il résulte avant tout d’un choix personnel, ses bienfaits pour la santé ne sont pas pour autant négligeables et se doivent d’être mis en lumière. Entretien avec une spécialiste du sujet, Claude Didierjean-Jouveau.
Claude Didierjean-Jouveau est animatrice à La Leche League (LLL) depuis plus de 20 ans et en a été la présidente pendant plusieurs années. Aujourd’hui rédactrice en chef de la revue de l’association pour les parents, Allaiter aujourd’hui, et auteur de nombreux ouvrages sur la question (L’allaitement maternel : La voie lactée, Poche, 2003), elle nous éclaire sur l’allaitement et ses bienfaits pour la santé.
Peut-on parler d’un retour "à la mode" de l’allaitement aujourd’hui en France ?
Effectivement, les taux d’allaitement à la naissance ont beaucoup augmenté ces dix dernières années, passant de 46,6 % en 1996 à 60 % en 2004. Malgré tout, la France reste à la traîne en Europe car rappelons que dans les pays scandinaves, les taux d’allaitement frôlent les 100 %.
Selon vous, à quoi cela est-il dû ?
Si la situation change depuis quelques années, c’est dû à plusieurs facteurs. Il y a tout d’abord une recherche de plus de "naturel" chez beaucoup de parents, l’envie de faire "le mieux" pour leur enfant, aussi bien au niveau de sa santé présente et future qu’au niveau de la relation et du plaisir partagé. Mais il faut également souligner un accès plus facile à une bonne information, notamment grâce à Internet, une prise de conscience de la part des autorités sanitaires que l’allaitement est bien une question de santé publique et une meilleure formation d’un certain nombre de professionnels de santé.
En quoi la composition du lait maternel est-elle plus adaptée aux besoins de l’enfant et à sa santé que celle du lait artificiel ?
Malgré les prétentions des fabricants de laits infantiles sur le fait que leurs produits se rapprochent du lait maternel celui-ci est en fait inimitable. La composition du lait de femme est telle qu’elle permet un développement optimum de l’enfant, notamment une croissance rapide de son cerveau, ce qui est la spécificité de l’espèce humaine. Ses caractéristiques principales sont une bonne proportion lipides/protides, sans doute un facteur de prévention de l’obésité, un faible taux de caséine, l’abondance de la protéine du petit-lait, d’où une grande digestibilité, un faible taux de certains sels et minéraux, d’où un moindre travail d’élimination pour les reins, ainsi que des minéraux et vitamines en quantités et proportions idéales et donc mieux assimilés. On observe également un taux important de lactose à la fois source d’énergie rapide, facteur de croissance de bactéries empêchant le développement d’autres bactéries responsables de diarrhées, et facteur de développement du système nerveux. Ainsi, on constate que plus le cerveau d’une espèce est volumineux, plus le taux de lactose dans son lait est élevé. Enfin, on retrouve la présence dans les bonnes proportions d’acides gras à très longue chaîne, de taurine, totalement absente du lait de vache, et d’agents anti-oxydants comme le β-carotène, de vitamine E ou d’inositol, tous importants pour le développement des fonctions neurologique et visuelle.
Quels sont les bienfaits pour la santé de l’enfant à court, moyen et long terme ?
Le lait maternel ne se contente pas de faire grossir et grandir harmonieusement le bébé, il le protège aussi de nombreuses agressions grâce aux très nombreux facteurs de défense qu’il contient. On retrouve entre autres, facteurs anti-microbiens, anti-viraux, anti-parasitaires, anti-inflammatoires et immuno-modulateurs. Les effets de l’allaitement sur la santé sont nombreux je me contenterai donc de donner deux exemples, à court et à long terme. Tout d’abord, une simulation faite en France récemment estimait que si la proportion d’enfants allaités y était la même qu’en Norvège (99 % à la naissance, 42 % à 9 mois), 8000 cas de diarrhées et 1000 hospitalisations pourraient être évités chaque année. De plus, à une époque où reviennent chaque année les cas de bronchiolite du nourrisson (30 % des bébés atteints chaque année en France), il est intéressant de connaître le rôle protecteur de l’allaitement face à cette affection qui empoisonne la vie de tant de familles. Ainsi, une étude dont le but était de déterminer les facteurs augmentant le risque de bronchiolite chez les enfants de moins de 2 ans a prouvé que le fait d’avoir été allaité ou d’être toujours allaité était associé à un risque nettement plus bas.
En quoi l’allaitement maternel réduit-il les risques d’obésité ?
Une étude parue en 2003 a confirmé l’effet préventif de l’allaitement sur l’obésité infantile, effet qu’avaient mis en évidence plusieurs études antérieures et qui intéresse énormément les acteurs de la santé publique dans les pays riches, confrontés à une véritable épidémie d’obésité. Aux âges de 4, 5 et 6 ans, le taux de surpoids et d’obésité était respectivement presque deux fois et trois fois plus élevé chez les enfants qui n’avaient pas été allaités ou l’avaient été pendant moins de trois mois.
Psychologiquement, l’allaitement au sein a-t-il une influence sur l’épanouissement de la mère, de l’enfant et sur la relation que les deux entretiennent ?
La tétée étant vraiment un plaisir pour le bébé et pour la mère, cela ne peut qu’influer sur leur relation. Quiconque a pu un jour observer un bébé en train de téter ne peut que reconnaître qu’il s’agit bien là d’une expérience apportant du plaisir. Plaisir de combler sa faim, bien sûr, mais pas seulement. On sait que le bébé, même tout petit, ne tète pas que par faim et que même les tétées "nutritives" ont d’autres vertus. Elles sont une expérience sensitive, sensuelle, relationnelle et affective totale, où tous les sens du bébé, et aussi son besoin d’amour et de relation, sont comblés. Ce plaisir, il l’exprime par des mimiques, des sourires, des bruits, des caresses et une détente de tout le corps. Un plaisir que partage la mère à travers ses sens, la détente et la relaxation induites par la tétée mais aussi le plaisir de voir l’enfant grandir et se développer.
On parle également de bienfaits en termes de santé pour la mère, qu’en est-il réellement ?
De nombreuses études ont montré qu’avoir allaité abaissait le risque de souffrir plus tard d’un cancer féminin (sein, ovaires, utérus), et ce d’autant plus qu’on avait allaité longtemps. Dans l’une d’elles, le risque de survenue d’un cancer du sein était près de deux fois plus élevé chez les femmes qui n’avaient pas allaité par rapport à celles qui avaient allaité trois enfants et plus, et plus de deux fois plus élevé chez les femmes qui n’avaient pas allaité par rapport à celles qui avaient allaité leur premier enfant pendant au moins treize mois. Une toute récente étude semblerait prouver qu’avoir allaité diminue également le risque d’apparition d’un diabète de type II, et ce d’autant plus qu’on a allaité longtemps. Des chercheurs du Brigham and Women’s Hospital de Boston (USA) ont suivi pendant au moins douze ans deux groupes de 83 585 et 73 418 femmes ayant eu des enfants. Celles qui avaient allaité pendant au moins un an avaient environ 15 % de moins de risques de développer un diabète de type II que celles qui n’avaient pas allaité du tout. Chaque tranche de douze mois d’allaitement supplémentaire diminuait le risque de 15 %.
Quelles sont les principales contre-indications à l’allaitement ?
Contrairement à ce qu’on entend souvent, les situations où l’on ne peut pas allaiter ou bien où l’on doit arrêter l’allaitement, sont rares. La brochure du ministère de la santé, Allaitement maternel, les bénéfices pour la santé de l’enfant et de sa mère, répertorie en tout et pour tout quatre contre-indications : maladie cardio-vasculaire ou respiratoire sévère de la mère, hémopathie ou cancer en cours de traitement chez la mère, infection maternelle par le VIH, galactosémie chez le nouveau-né. L’allaitement peut être poursuivi dans la plupart des maladies de la mère qu’il s’agisse de rhumes, grippes, infections diverses, gastro-entérite, intoxications alimentaires, rougeole, rubéole, varicelle (en-dehors de la période néo-natale), choléra, typhoïde, maladies parasitaires, même cancer s’il n’y a pas de chimiothérapie. Avoir la fièvre n’oblige pas du tout à stopper l’allaitement. Beaucoup de mères ont même réussi à allaiter malgré des maladies chroniques telles que l’asthme, le diabète, la mucoviscidose, l’épilepsie, maladie thyroïdienne… Il existe très peu de médicaments vraiment incompatibles avec l’allaitement, et il est exceptionnel de ne pas pouvoir en trouver un qui soit sans risque pour l’enfant, dans toute la panoplie existante.
Quelle est la durée d’allaitement optimale pour une mère et son enfant ?
Les recommandations nationales (Haute autorité de santé, Programme national nutrition santé, Ministère de la santé) et internationales (Organisation mondiale de la santé, Unicef) sont six mois d’allaitement maternel exclusif, puis introduction d’aliments complémentaires avec poursuite de l’allaitement jusqu’à 2 ans ou davantage. Mais, ce qu’il faut dire, c’est que tout allaitement, quelle qu’en soit la durée, est bon à prendre ! Trois jours, trois semaines, trois mois ou trois ans, c’est à chacun de voir, sachant quand même que certains effets sur la santé ne s’observent qu’à partir d’une certaine durée d’allaitement. Si l’on veut sevrer un bébé de moins de 6 mois, il faudra remplacer progressivement les tétées par des biberons. Après 6 mois, les solides peuvent remplacer les tétées. Cependant, on peut très bien ne jamais avoir besoin de recourir aux biberons ni au lait artificiel.
Quel est le but de La Leche League ?
Le but de La Leche League est d’informer et de soutenir toutes les femmes qui souhaitent allaiter leur enfant. En France, La Leche League compte actuellement 180 antennes locales réparties sur tout le territoire. Ses animatrices sont des mères bénévoles qui ont elles-mêmes une grande expérience personnelle de l’allaitement et ont reçu une formation tant sur le plan technique que relationnel. Elles organisent des réunions mensuelles où chacune peut venir, pendant la grossesse et plus tard avec son bébé, rencontrer d’autres mères qui allaitent, poser les questions qui préoccupent et trouver ce soutien moral qui manque si cruellement aux jeunes mères dans nos sociétés. Les animatrices sont également disponibles au téléphone, pour des questions très variées (comment continuer l’allaitement après ma reprise de travail ? mon bébé réclame très souvent, est-ce que j’ai assez de lait ? etc., etc.). LLL France est aussi accessible sur Internet (voir lien) et édite deux revues trimestrielles, Allaiter aujourd’hui et Les Dossiers de l’allaitement.
http://www.lllfrance.org/
| Par Benjamin Postaire | 11/12/2007 | ![]() |
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10 commentaires |
A fond l'allaitement | posté par Inconnu
18/06/2008
J'ai eu la chance d'accoucher dans un hôpital pro-allaitement. Le personnel était super, compréhensif, disponible et ultra dévoué !! Merci encore ! Je voulais absoluement allaiter mon deuxième même si pour le premier (préma), les circonstances et mes angoisses ne m 'ont permis de le nourrir QUE 5 semaines! J'ai alors mis toutes les chances de mon côté et j'ai réussi à nourrir mon dernier, 12 mois ! Ce n'a pas été sans souci : montée de lait, discipline alimentaire, temps consacré. Mais rien ne vaut ces moments intenses et riches en émotions passés avec mon petit. Si lui a bien digéré mon lait, mon employeur n'a pas accepté mon congé parental (pour allaiter) et m'a licencié après 13 ans de collaboration !!! Même cela ne me fera pas regretter mon désir d'allaiter. Et je le referais sans hésitation aucune !! Bravo à toutes celles qui allaitent et à celles et ceux qui les encouragent !
composition du lait artificiel | posté par Inconnu
30/05/2008
Avez-vous déjà lu la composition des laits artificiels? Que du bon. Mme Didierjean-Jouveau semble ignorer que l'on y trouve également de la taurine. La vitamine K1 est présente, ce dont on ne trouve pas dans le lait maternel.
Allaitement maternel ou artificiel : un faux problème | posté par Inconnu
30/05/2008
L'allaitement maternel est aujourd'hui devenue une mode. Il est regretable que certaines maternités culpabilisent les mamans souhaitant donner le biberon à leur enfant (ça arrive souvent!). Mieux vaut donner le biberon avec amour que le sein avec réticence... Mes 2 enfants ont été nourris au biberon et n'ont jamais été malades. L'art d'être parents ne se limitent pas à l'allaitement. L'allaitement maternel, c'est quand même contraignant. Pensez aussi que tout ce que vous avalez et inhalez passe dans le lait maternel ! J'ai vu des mères fumer et donner le sein à leur bébé ensuite ! Je citerai pour finir le Dr Fitzhugh Dodson dans son excellent livre TOUT SE JOUE AVANT 6 ANS (que tout parent devrait lire) : "Il n'existe absolument aucune preuve scientifique qu'une des deux méthodes soit plus bénéfique que l'autre, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique."
oui bien sur, c'est formidable... | posté par Inconnu
15/04/2008
j'ai essayé d'allaiter ma fille, un très mauvais souvenir : le mamelon irrité jusqu'au sang, des douleurs, le lait se tarissait, elle hurlait tellement elle avait faim, elle commencait à perdre du poids, bref un cauchemar ...
émotion | posté par Inconnu
20/03/2008
Je suis a chaque fois émue quand je lis un article comme celui là et cela renforce mon idée qu'en allaitant mon fils, j'ai fait le meilleur choix.
bébé | posté par Inconnu
09/03/2008
C'est magnifique !
j'allaite | posté par Inconnu
06/03/2008
malgré tout mon bébé a des coliques et régurgite beaucoup mais j'adore ce contact : c'est merveileux et unique et ca passe si vite. Il faut faire le maximum pour son bébé. On m'a dit qu'avant il y avait une prime d allaitement... Votre article et très bien.
c se qui y'a de mieux | posté par Inconnu
25/02/2008
moi j'ai allaité mon petit garcon jusqu'à ces 20 mois il n'a jamais été malade à part un ou deux petit rhume. Ca créé des liens tres forts et puis c'est tellement pratique pas besoin de chauffer de biberon ou encore de stériliser sans arret les tétines .... si c'était à refaire, je le referai sans me poser de question.
on fait aussi | posté par chacha
16/12/2007
des économies en allaitant. si les femmes sont faites pour allaiter c'est bien qu'il y a des raisons. Autant profiter de ce don.
concrètement | posté par Inconnu
13/12/2007
si une femme n'allaite pas c'est un monstre?








