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Livres
Titre :Où on va, papa ?
Editeur :Stock
Auteur :Jean-louis fournier
Genre :Roman

Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J’avais honte ? Peur qu’on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c’était pour échapper à la question terrible : « Qu’est-ce qu’ils font ? » Aujourd’hui que le temps presse, que la fi n du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j’ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu’on ne les oublie pas, qu’il ne reste pas d’eux seulement une photo sur une carte d’invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d’eux avec le sourire. Ils m’ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu’ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.
On a d'abord le souffle coupé devant ce court récit où tant de tragédie se mêle à tant de drôlerie, tant de malheur, d'horreur à tant d'amour, de douceur. Jean-Louis Fournier a eu coup sur coup deux garçons handicapés à 80 %, voyant mal, entendant mal, parlant à peine, le corps inerte et mou, la tête « pleine de paille », dit-il simplement. Et le père effondré par tant d'espérances déçues, tant de douleurs peu à peu assumées, conte sans complaisance - juste avec cet humour désespéré et absurde qu'il a partagé avec son vieux complice Pierre Desproges - des bribes du quotidien de Mathieu, et de Thomas, le petit dernier qui ne sait que sans fin répéter : « Où on va, papa ? » Bien sûr, effrayé par tant de détresse, presque voyeur, on aimerait en savoir davantage. Plus de détails encore sur les deux pauvres garçons ; sur leur mère, qui a choisi soudain de les quitter ; sur leur petite soeur, Marie, elle tout à fait normale... Mais Jean-Louis Fournier refuse de tirer sur les ficelles du mélodrame. Il compose ses courtes scènes comme autant de poèmes en prose. Avec hauteur et proximité à la fois, tendresse et cruauté. Et l'on sort exsangue et émerveillé par la violence de son témoignage, sorte de prière laïque à la difficulté d'être au monde, ou de « tombeau » plus littéraire, plus classique, à toutes les victimes innocentes. On n'oubliera plus jamais Mathieu et Thomas.

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