
> Rendez l’argent, les braqueurs !
Ces derniers temps, le cinéma français s’est redécouvert une passion pour les films de gangsters, comme à la bonne époque de Ventura, Gabin et Melville. Seulement voilà, la plupart du temps c’est le spectateur qui a l’impression de se faire braquer. Il s’agirait peut-être de ranger les flingues…
Truands, Le Dernier Gang, Le Deuxième Souffle, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, MR-73, Les Liens du Sang, Sans arme ni haine ni violence, Cash, et prochainement, Mesrine : depuis quelques mois le cinéma français lorgne abondamment du côté des voyous. Hommage aux polars d’autrefois, retour à la bonne époque de Melville, Verneuil, Lino Ventura, Jean Gabin et Belmondo, nostalgie des gros flingues et des petites pépées. Le seul hic, c’est que ces films ne sont pas souvent à la hauteur des attentes du public. Ces nouveaux gangsters ont la gâchette molle et si ça continue comme ça, on ne va pas tarder à les renvoyer à l’ombre, pour de bon cette fois.
C’est entendu, les cinéphiles ne vont pas se plaindre de ce retour du cinéma dit "de genre" au premier plan de la production française, après plusieurs décennies d’hégémonie d’un cinéma dit "d’auteur", plus intimiste, plus exigeant. Mais force est d’admettre que ces nouveaux films sont loin d’égaler leurs aînés. Surenchère dans la violence ou la noirceur (Truands, MR-73), exercice de style un peu vain (J’ai toujours rêvé d’être un gangster), biographies plus ou moins ratées (Le Dernier Gang, Les Liens du Sang, Sans arme ni haine ni violence), remakes ou copies hasardeuses de films américains (Le Deuxième Souffle, Cash)… on ne peut pas dire que l’inspiration soit toujours au rendez-vous. Dans leur volonté de revenir à un cinéma plus populaire et commercial, les producteurs semblent souvent négliger un facteur important : la qualité. Et au lieu de chercher à créer des œuvres vraiment originales (exception faite, peut-être, de Samuel Benchetrit avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster), ils s’appuient sur des recettes éculées : pattes d’éléphants, rouflaquettes, moustaches, blousons de cuir… Soit on sent une véritable fascination pour les années 70 et pour ces gangsters "à l’ancienne" qui défiaient la société, mais elle se fige le plus souvent dans une reconstitution stérile des gimmicks de l’époque. Soit on sent la volonté, louable mais presque grossière, de lorgner vers le glamour hollywoodien, avec une comédie policière comme Cash, où Jean Dujardin, mi-Clooney mi-Bebel, se balade sourire aux lèvres de palaces en femmes accortes.
Même si Cash ne restera pas dans les mémoires, on comprend bien ce qui a séduit Dujardin dans ce projet, de même que Jean Reno, trop heureux de jouer les "méchants" pour de rire. Ou bien encore l’incontournable Alice Taglioni, qui au rythme d’environ un film par semaine risque de provoquer rapidement une saturation chez le spectateur – chez nous en tout cas. Il est d’ailleurs amusant de constater que l’on retrouve très souvent les mêmes noms dans ces films de gangsters, comme l’ex-flic Olivier Marchal, l’infatigable Daniel Auteuil, ou surtout celui auquel personne ne peut échapper, le prochain Clovis Cornillac : l’inévitable Gilles Lellouche. Du Dernier Gang à La Chambre des Morts et Sans Arme ni haine ni violence, ou encore prochainement dans Mesrine, il trimballe sa gueule de dur de film en film. On ne peut pas dire que les directeurs de casting fassent preuve d’une grande originalité ! On l’aime bien, Gilles, mais à force de le voir dans tous les thrillers (et c’est sans compter les comédies ou les drames) on risque aussi de se lasser un peu… Finalement, et si c’était cela le grand mal actuel du cinéma français ? Epuiser les filons, les formules, les acteurs, les modes et les genres, pour finalement tout formater, sans risque ni génie ? Bon, on veut bien laisser une chance à Vincent Cassel en Jacques Mesrine (sortie en 2009), mais si là il ne fait pas sauter la banque, on renvoie tout le monde au gnouf.
| Par Vincent Cartier | 24/04/2008 | ![]() |
Forum | ![]() |
Réagissez ! | ![]() |
0 commentaires |





