
> Tout un cinéma
On n’a pas vraiment envie de transformer ce debriefing hebdomadaire en rubrique nécrologique, mais comment passer sous silence l’hécatombe qui frappe actuellement le monde du cinéma ? L’ambiance est bien triste sous les projecteurs… Heureusement, il y a les Ch’tis.
Il serait sans doute excessif d’avancer que les disparitions de célébrités arrivent par cycles, mais parfois, les coïncidences de l’actualité sont plus que troublantes. Ces dernières semaines ont ainsi été marquées par une succession de décès qui a cruellement endeuillé la "famille" du cinéma mondial, et par ricochet, tous les cinéphiles de la planète.
Après Anthony Minghella, réalisateur britannique du Patient Anglais et du Talentueux Monsieur Ripley, décédé le 18 mars à 54 ans des suites d’une hémorragie cérébrale ; après Arthur C. Clarke, l’auteur culte de 2001, l’odyssée de l’Espace, décédé le 19 mars à 90 ans ; après Paul Scofield, grand comédien britannique oscarisé en 1967 pour son rôle dans Un Homme pour l’Eternité, décédé le 20 mars à 86 ans ; après Richard Widmark, légende du cinéma américain habitué aux rôles de dur à cuire (Le Carrefour de la Mort, Panique dans la Rue, Alamo), décédé le 24 mars à 93 ans ; après Jules Dassin, réalisateur français et père de Joe Dassin, ayant fait une très belle carrière entre la France et les Etats-Unis (on lui doit notamment Topkapi, Les Forbans de la Nuit, Du Rififi chez les Hommes), décédé le 31 mars à l’âge de 96 ans ; c’est une nouvelle disparition qui est venue conclure cette triste série ce dimanche 6 avril : celle de Charlton Heston.
Considéré à juste titre comme l’une des dernières grandes légendes hollywoodiennes, Charlton Heston était bien plus qu’un acteur – un symbole, un monolithe. En soixante ans de carrière, il a bâti une filmographie parcourue de titres mythiques (Les Dix Commandements, Ben-Hur, Le Cid, La Soif du Mal, La Planète des Singes, Soleil Vert), et s’est aussi distingué pour ses talents d’interprète du répertoire shakespearien. Parallèlement, il a souvent mis sa notoriété au service de ses convictions, qu’elles soient en faveur de la lutte pour les droits civiques des noirs dans les années 60, du syndicat des acteurs dont il fut président pendant plus de 15 ans, de candidats démocrates aux élections présidentielles (notamment Kennedy), mais aussi de la lutte contre l’avortement ou de candidats républicains comme Ronald Reagan, dont il fut "conseiller culturel". Son engagement le plus célèbre, le plus récent et le plus polémique reste celui en faveur de la possession des armes à feu : président de la National Rifle Association de 1998 à 2003, il combattit fermement l’administration Clinton, tentée de restreindre la circulation des armes. On retiendra de cet aspect de sa vie quelques discours assez nauséabonds et surtout une apparition peu glorieuse dans le très polémique Bowling for Columbine. Il semble qu’au moment où le film a été tourné, l’acteur était déjà atteint de la maladie d’Alzheimer, ce qui rétrospectivement, pourrait expliquer ou nuancer son aberrante absence de réaction face à la charge de Michael Moore… Quoiqu’il en soit, la personnalité de Charlton Heston a pu faire grincer bien des dents. Il n’en demeure pas moins une incroyable icône de cinéma, comédien marmoréen au registre lyrique, abonné aux rôles de héros bousculés par le destin. Dimanche dernier, le héros est tombé.
Désormais, les héros n’ont plus les muscles saillants et la mâchoire carrée, ils ont l’accent nordiste et la bouille avenante de Dany Boon, propulsé nouveau sauveur du cinéma français grâce au triomphe de Bienvenue chez les Ch’tis. Déjà plus de 17 millions de spectateurs en France, c’est mieux que la Grande Vadrouille, et bientôt mieux que Titanic. Les Ch’tis redonnent le sourire à l’industrie du cinéma français, et aux Français en général. Dans la morosité ambiante d’un hiver trop long et d’une actualité bien terne, voilà une nouvelle plutôt réjouissante.
| Par Mathieu Doumenge | 07/04/2008 | ![]() |
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