© Copyright : iStock"Oh mon Dieu, Maxime retourne tout de suite dans ta chambre !" Qu’on le veuille ou non, c’est bien souvent comme ça que l’on réagit lorsque le petit Maxime nous a surpris en plein acte sexuel. Pourtant il est trois heures du matin et il ne se lève jamais la nuit, pourtant la porte de sa chambre grince. Mais lorsqu’on est dans le feu de l’action, un Boeing pourrait s’écraser dans le salon sans même qu’on s’en aperçoive. Surtout, pas de panique (pour Maxime, pas pour le Boeing). Il n’y a rien de dramatique, tout est même plutôt "normal". Angélique Vandenhende, psychologue spécialiste des enfants, nous explique le développement sexuel de nos enfants : "Au cours de sa troisième année de vie, l’enfant arrive à ce que l’on appelle le stade phallique. Il commence à différencier les deux sexes et prend conscience de la présence du phallus chez l’homme et de son absence chez la femme." Vous ne voyez pas le rapport ? Vous allez comprendre…
Œdipe et scène primitive
On est tous passé par là. Même si on ne s’en souvient pas, on a un jour découvert qu’il y avait d’un côté les filles, de l’autre les garçons, et qu’entre les deux il se passe des choses qu’on ne comprend pas très bien mais qui ont l’air drôlement intéressantes. "Durant cette période, l’enfant découvre activement son corps sexué et c’est là que se manifeste la curiosité sexuelle infantile, poursuit Angélique Vandenhende. Se structurent alors certains fantasmes liés à la scène primitive (rapport sexuel des parents) et se manifeste une sorte d’exhibitionnisme et de voyeurisme. L’enfant veut découvrir ce qui se passe dans la chambre de ses parents et il devient plus attentif aux liens existants entre eux." Une étape qui dure en moyenne jusqu’à l’âge de 7 ans et pendant laquelle vous avez donc bien plus de chances de voir une petite tête blonde apparaître dans l’entrebâillement de votre porte, et ce à un moment où l’intimité est ce que vous cherchiez le plus (enfin presque…) C’est également durant cette période que l’enfant mâle est atteint du plus célèbre des complexes : celui d’Oedipe. Le garçon a l’intuition des jeux sexuels de ses parents et en ressent une frustration et un sentiment d’exclusion qui lui fait adopter certains comportements comme celui d’entrer à l’improviste dans la chambre.
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© Copyright : iStockFranck, 27 ans, se souvient : "Quand j’étais petit, je me rappelle avoir plusieurs fois regardé par la fenêtre de la chambre de mes parents. Je ne comprenais pas toujours ce qu’ils faisaient et même aujourd’hui je me demande ce que j’ai vu à l’époque. Mais tout cela m’intriguait quand même beaucoup et je suis très attentif vis-à-vis de mon fils, Kevin, qui a 4 ans." Myriam, 32 ans, se souvient elle très bien de ce qu’elle a vu et surtout… entendu alors qu’elle était âgée de 7 ans. "J’étais choquée, surtout par le bruit qui était traumatisant. Je me souviens m’être demandée pourquoi maman crie et ce qui lui arrivait, même si j’avais conscience que ce n’était pas des cris de douleurs. J’ai compris ce qu’ils faisaient en grandissant mais je n’ai pas du tout envie que mes enfants fassent comme moi." Myriam a donc compris ce qu’il se passait par elle-même, ce qui est plutôt déconseillé en général.
Ne pas crier… sur lui
On le répète, un enfant qui tombe nez à nez avec ses parents en train de concevoir un petit frère n’est en aucun cas dramatique. Le tout est de savoir comment réagir. "J’angoisse parfois à l’idée que mon fils nous surprenne, raconte Myriam. J’ai très peur de ma réaction et encore plus de celle de mon mari, avec qui nous n’avons jamais réellement abordé le sujet." Une angoisse légitime. Mais alors quelle est la réaction adéquate ? Angélique Vandenhende explique : " Le choc n’existera que si le comportement des parents est inadapté. Il est surtout important de ne pas dramatiser, de ne pas effrayer l’enfant en poussant un cri, même si la surprise est là, car lui ne sait pas ce qu’il vient de voir. Le punir ou crier en lui hurlant de sortir n’est évidemment pas une bonne réaction. Il faut garder son calme et lui demander gentiment de sortir de la chambre en lui disant qu’on le rejoint immédiatement afin de poser des mots sur ce qu’il vient de voir." Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous. C’est pourtant le meilleur moyen de le préserver. Une fois cette première situation gérée dans l’urgence, vient la seconde phase, celle des explications.
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© Copyright : iStockVous vous êtes rhabillés, recoiffés et avez épongé la sueur qui jaillissait de votre front (pour monsieur tout est bien entendu retourné en position d’attente). Viens donc le moment du dialogue. "Selon l’âge, l’enfant n’aura pas besoin de beaucoup d’explications pour satisfaire sa curiosité, poursuit Angélique Vandenhende. Il ne faut donner qu’une réponse claire, qui se limite à la question posée, et ne pas devancer son évolution. Lui en dire plus est inutile pour le moment car s’il veut en savoir davantage, il posera lui-même les questions. Dans une famille qui valorise la franchise et le respect de chacun, les questions surgiront toutes seules. L’important est de ne pas fermer la porte et éluder le sujet, l’enfant doit sentir qu’il ne s’agit pas d’un sujet tabou dont il est écarté, ce qui lui donnerait une image de la sexualité comme étant mauvaise et à cacher." Le mot d’ordre, on l’a compris, est le dialogue. Mettre des mots sur ce qu’il s’est passé. Concrètement, " on pourrait dire par exemple "il arrive que le papa et la maman s’aiment très fort, se caressent et se montrent leur amour", explique notre psychologue. Dans l’idéal, il faut éluder les explications trop pratiques et concrètes sur la sexualité et revenir à leur sens profond de tendresse et de sentiment."
Discrets mais actifs
Ce "problème" se doit d’être abordé d’une manière plus globale. Pas simplement en réaction à un évènement (être surpris par son enfant dans notre exemple) mais avec une approche plus "décomplexée" de la sexualité. "Le couple parental représente le premier modèle du couple pour l’enfant et l’adolescent en devenir à travers des signes extérieurs d’attachement, précise Angélique Vandenhende. L’enfant peut voir ses parents s’embrasser et se manifester du respect, cela lui donne l’image d’une sexualité vécue avec bonheur, source de plaisir et de renforcement des liens amoureux." Prendre des précautions pour ne pas heurter sa sensibilité coule de source mais se cacher constamment pour n’importe quel geste de tendresse est loin de lui rendre service. Il ne se posera que plus de questions et risque de se trouver déstabilisé de n’y trouver aucune réponse.
Et puis, il s’agit également de ne pas mettre son coupe en péril avec pour but ultime de protéger son fils ou sa fille de tout, chose par ailleurs impossible. L’arrivée d’un enfant bouleverse évidemment l’équilibre d’un couple et il s’agit d’en retrouver un, notamment sur le plan sexuel. Angélique Vendenhende explique, "la femme devenue mère a du mal à se réinvestir comme femme sexuée, sa libido doit être réveillée la plupart du temps et si le moment choisi par l’homme pour la solliciter n’est pas le bon, il peut subir un refus très virulent. Il faut se préserver des plages de tranquillité à deux et essayer de prendre son temps, donc de choisir le moment. Il est vrai que la spontanéité ne peut plus avoir la place principale dans les ébats amoureux des jeunes parents. Je ne dis pas de planifier mais au moins de s’assurer une tranquillité au moment choisi pour les câlins." Un juste milieu en somme entre les ébats violents dans la cuisine en rentrant du travail et les croix rouges sur le calendrier accroché au réfrigérateur. "La chambre des parents doit être un lieu où l’homme et la femme redeviennent deux amants à l’écoute l’un de l’autre", conclue Angélique Vandehende. Le meilleur moyen pour qu’un enfant ne développe aucun trouble n’est-il pas d’avoir des parents épanouis dans leur couple…
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