
> Ces femmes qui ne veulent pas d'enfants
Certaines femmes ne désirent pas connaître les joies de la maternité, incroyable mais pourtant vrai. Si par nature, l’Homme est fait pour se reproduire, de plus en plus de femmes trouvent leur équilibre autrement, sans se sentir tenues d’être mère pour se sentir accomplies. Rencontre avec des témoins et la psychologue Angélique Vandenhende, pour tenter de comprendre ce nouveau phénomène.
Survie de l’espèce humaine, épanouissement de la femme, de l’homme, fruit de l’amour du couple... Les raisons d’enfanter sont nombreuses et font bien sûr partie de notre héritage sociologique. Pour d’autres, la maternité n’a rien d’une fin en soi. Derrière des excuses parfois un peu formatées peuvent se cacher des raisons plus profondes, comme le confirment nos témoins. Ces femmes, ou même ces couples qui ne veulent pas d’enfants, restent presque toujours incompris et souvent jugés "anormaux". Avec l’aide d’Angélique Vandenhende, psychologue, nous avons tenté de les comprendre.
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D’où peut venir la volonté de ne pas enfanter ?
Angélique Vandenhende: Devenir mère c'est faire le deuil d'une partie de soi. De "l'enfant et l'adolescent " qu'on a été pour s'inscrire dans le cycle de la vie. Que ce soit pour l'homme ou la femme, l'arrivée d'un enfant plonge dans les responsabilités et l'âge adulte. Certains ne se sentent pas prêts à faire ce pas et ne le seront peut être jamais.
Pour la femme on peut également retrouver derrière cette absence de désir, un refus de la grossesse et de l’enfantement – les modifications corporelles induites par cette grossesse ainsi que l'accouchement, étant impossibles à imaginer pour elle. Quoi de plus évocateur qu'un corps de femme enceinte comme symbole de la Femme, ce qui n'est pas évidemment pas imaginable pour une personne qui ne s’est pas encore assumée comme femme.
Le désir d'enfant est le théâtre d'une relecture de sa propre histoire. Parfois on retrouve chez les personnes n’en désirant pas, un lourd passé familial (monoparental, un vécu douloureux de l'enfance et de la relation parentale). La peur de répéter ce schéma peut alors freiner voire pousser à refouler définitivement tout désir d'enfanter.
Certains voient l’enfantement comme un prolongement de leur vie, la peur de mourir s’estompe puisqu’ils laissent une descendance. Ceux qui n’en désirent pas ont donc un autre rapport à la mort ?
A.V: justement, le désir d'enfant s’inscrit également dans le cycle de la vie et donc de sa fin. On peut également voir dans la naissance d'un enfant, sa propre mort qui approche. Pour certaines personnes l'évocation même de cette fin de vie reste totalement impossible sans une profonde angoisse que la naissance leur évoquerait. Alors que pour d’autres, il s’agit effectivement d’un prolongement de leur vie.
Ceux qui prétendent que faire un enfant aujourd’hui c’est un acte égoïste, car l’avenir est incertain et le monde de plus en plus dur, est-ce une fausse excuse ?
A.V: Ce n’est ni une fausse excuse, ni justement un acte égoïste comme pourraient le penser certains (ceux qui sont parents généralement !) Le principe "travailler plus pour gagner plus" est-il cohérent avec le fait de construire une vie de famille ? Peut-on avoir une carrière en tant que femme et même en tant qu'homme et avoir des enfants ? C’est ce que les femmes ont voulu, mais on s’aperçoit que ce n’est pas évident de tout gérer. Se pose alors la question de privilégier sa carrière, qu'un enfant risquerait de freiner ou empêcher.
Les difficultés actuelles au niveau social et économique sont aussi à prendre en compte dans la réflexion qui mène à cette décision : "pourquoi faire un enfant sans avenir". Il y a deux modes de pensée. Ceux qui n’ont vraiment pas confiance et qui ne veulent pas "égoïstement" à leurs yeux, plonger un enfant dans cette turpitude et ceux qui pensent qu’un enfant pourra peut-être justement changer les choses et le monde.
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Nous avons posé quelques questions à nos témoins et soumis ensuite leurs réponses à A.Vandenhende.
Marie, 33 ans. Célibataire.
Selon vous, quelle est la principale raison au fait que vous ne vouliez pas d’enfant ?
Marie : je pense qu’il y en a plusieurs. Pendant très longtemps, je ne savais pas trop dire pourquoi je ne voulais pas être mère. Et puis, récemment, j’ai eu le déclic. J’entretiens avec ma mère une relation très fusionnelle, et je m’entends très bien également avec mon père. J’ai réalisé que je voulais rester leur fille, et non pas être une mère à mon tour. C’est une façon pour moi de ne pas les voir "vieillir" puisqu’évidemment leur disparition me fait très peur et m’angoisse terriblement. Je crois qu’ils cultivent également ce lien avec moi, ça les rassure peut-être que je reste leur "bébé".
Comment réagit votre entourage lorsque vous en parlez?
Marie : j’entends toujours la même chose : "tu verras, tu es jeune, mais quand l’horloge biologique se mettra en route, tu en voudras toi aussi !". C’est un discours que je ne supporte plus. Si justement, j’ai envie de faire des enfants uniquement à cause de cette fameuse horloge, je trouve ça encore pire ! On m’a également dit que j’étais très égoïste, que c’est parce que je ne voulais pas de contraintes et garder ma liberté. Je trouve ça très réducteur, mais je laisse parler. Quant à mes parents, ma mère plus particulièrement, curieusement, elle ne dit pas grand-chose quand je lui en parle...
Comment cela se passe-t-il avec votre partenaire à ce sujet ?
Marie : C’est assez amusant parce qu’on "accuse" toujours les hommes d’être ceux qui ne veulent pas d’enfants, qui ne se sentent jamais prêts, ou même de fuir lorsque la femme en émet l’idée, etc. Pourtant lorsque j’annonce que je ne désire pas d’enfants, les hommes ont aussi tendance à s'en aller. Finalement, ils trouvent ça plutôt étrange. J’ai deux anecdotes. Un de mes partenaires est parti en me disant que si je ne voulais pas d’enfants, j’étais certainement une homosexuelle refoulée ! Et le deuxième, m’a dit que je préparais certainement un coup tordu, pour justement, avoir un enfant de lui. Je faisais croire que je n’en voulais pas pour le pousser justement à en faire un. Et c'est moi qu'il a traitée de tordue !
L’analyse d’Angélique Vandenhende :
Marie est le cas typique dont je parlais au début, qui n’a pas fait le "deuil" de l’enfant qu’elle était. Elle ne s’assume pas en tant que femme, et ne se voit d’ailleurs pas comme une femme. Elle parle du discours des autres sur cette fameuse horloge biologique, en la refusant catégoriquement, car elle n’a pas conscience de son âge. On est dans une problématique où faire le deuil de son enfance est difficile. Ça peut venir de la fille mais également de la mère qui n'inscrit pas son enfant dans son rôle de femme adulte mais qui la garde infantilisée. Il faut devenir femme adulte avant d'être mère pour pouvoir s'épanouir dans la maternité et dans la vie en général. Le temps l’aidera peut-être, en espérant qu’elle ne se sentira pas "femme adulte" trop tard.
Fleur, 30 ans. En couple depuis 5 ans.
Selon vous, quelle est la principale raison au fait que vous ne vouliez pas d’enfant ?
Fleur : la peur de ne pas être une bonne mère tout simplement. Je suis trop stressée, trop préoccupée déjà par les gens que j’aime. Je me dis qu’avec un enfant, je serais surprotectrice et angoissée en permanence. Je ne veux pas lui infliger ça. Quand je vois tout ce qui se passe, tout ce qui peut arriver à un enfant, un adolescent… j’en ai les larmes aux yeux. J’ai une nièce que j’aime par-dessus tout, mais je suis déjà stressée dès que je la vois courir, attraper un couteau ou quand mon frère me dit qu’elle est chez une de ses copines. Je me dis qu’il peut lui arriver n’importe quoi. J’ai l’impression que je ne saurais pas forcément bien m’en occuper et bien l’élever.
Comment réagit votre entourage lorsque vous en parlez ?
Fleur : j’entends tout et n’importe quoi ! Ma belle-sœur me dit "mais enfin, regarde, tu adores ta nièce ! Tu seras forcément une bonne mère. On est toutes mère dans l’âme". Je trouve cela assez ridicule, sachant que certaines mères n’y arrivent pas et n’élèvent pas elles-mêmes leurs enfants. Aimer ma nièce ou les enfants en général ne prouve rien. On me dit aussi que je suis peut-être encore jeune. Je pense que 30 ans, ce n’est pas si jeune que ça. Je pense être mature et responsable, donc, pour moi ce n’est pas lié.
Comment cela se passe-t-il avec votre partenaire à ce sujet ?
Fleur : quand c’est devenu sérieux avec Hugo, je lui en ai parlé. Il veut des enfants, donc ça a posé problème. Mais il m’aime. Il ne veut pas d’enfants pour faire des enfants, il veut des enfants avec moi, ce qui est différent. J’étais prête à le quitter, pour ne pas l’empêcher de vivre son désir de paternité. Mais lui est persuadé que je changerai d’avis. Ce n’est pas un sujet de dispute, mais plutôt un sujet sensible. Je m’en veux de ne pas lui apporter ce qu’il veut, je me culpabilise. Il est patient, mais je me dis qu’il attend peut-être quelque chose qui ne viendra jamais.
L’analyse d’Angélique Vandenhende.
Il serait intéressant de connaître le passé familial de Fleur. C’est la seule à ne pas évoquer sa propre mère. Sa peur de ne pas être une bonne mère doit très certainement faire référence à la sienne. A-t-elle estimé que sa mère ne l’avait pas élevé comme il fallait ? A-t-elle eu un manque ? Fleur occulte le sujet, donc il est tentant de dire qu’il vient de là. Le fait qu’elle soit angoissée et stressée pour les gens qu’elle aime et qu’elle pense qu’elle serait surprotectrice avec son enfant prouve qu’elle a eu une mère soit beaucoup trop présente, soit à l’inverse absente. Mais peut-être que grâce à son partenaire, Fleur pourra surmonter ses peurs.
Daniel (40 ans) et Françoise (36 ans) en couple depuis 10 ans.
Selon vous, quelle est la principale raison au fait que vous ne vouliez pas d’enfant ?
Daniel : la lâcheté très certainement. La peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir offrir à cet enfant tout ce que je voudrais lui offrir. Et puis l’égoïsme aussi. Ne pas avoir de responsabilités. Pouvoir continuer à faire ce que l’on veut.
Françoise : Effectivement, la prise de responsabilités qu’un enfant implique. Les bouleversements que cela engage vis-à-vis de notre couple et de l’enfant bien sûr. De quoi sera fait demain ? Je ne peux pas le prévoir pour moi, je ne veux donc pas imposer cela à un enfant qui n’a rien demandé.
Comment réagit votre entourage lorsque vous en parlez ?
Daniel : on nous traite évidemment d’égoïstes pour la plupart. Certains plus honnêtes et qui ont des enfants, nous disent qu’on a peut-être raison ! Ce qui me conforte dans mon idée bien naturellement.
Françoise : mes amies qui sont mères, et ma propre mère, me disent que je vais sincèrement regretter ce choix quand je me sentirai vraiment vieillir. Que rien n’égale l’amour inconditionnel d’un enfant, et que si je me retrouve seule un jour, au moins, j’aurai eu un enfant. Je trouve cela pathétique. Faire un enfant pour ne pas être seule, c’est la pire des raisons.
Comment cela se passe-t-il avec votre partenaire à ce sujet ?
Daniel : on a tout de suite été d’accord sur ce sujet. Il est revenu une fois sur le tapis à un moment donné. On s’est reposé la question, et la réponse était encore la même : c’est non !
Françoise : je n’en voulais pas avant de rencontrer Daniel. J’avais 26 ans. Je me disais que mon envie viendrait peut-être avec le temps, mais non… Je n’en éprouve ni l’envie ni le besoin. On est très bien ensemble, à deux. Pourquoi rompre cet équilibre ?
L’analyse d’Angélique Vandenhende.
Avant de devenir parent il faut faire le deuil de son adolescence. L'indépendance évoque également ici une insouciance que je relierais à la période de l'adolescence. Pouvoir agir sans penser au lendemain et sans contrainte. L’arrivée d'un enfant plonge dans la réalité de la vie, on a des responsabilités, l'enfant passe avant nos envies tout du moins c'est ce que pense ce couple. Ils n’arrivent pas à concevoir que l’enfant peut également apporter des joies et de l’amour qui ne sera pas vécu comme un poids. Il n’y a que l’aspect contrainte qui est perçu. Et également, comme je le disais au départ, le contexte économique qui semble les bloquer. Mais tant qu’ils sont d’accord, et que l’un ou l’autre ne refoule pas son désir d’enfant, tout se passera bien.
Tout comme il y a certaines raisons pour faire un enfant qui peuvent être jugées choquantes (la peur d’être seule, vouloir sauver son couple, jouir d’un amour inconditionnel, façonner un être à son image…) les raisons de ne pas en faire, ne sont pas plus critiquables et tout du moins tout aussi respectables… Aujourd’hui, l’idée de la société de performance peut bien entendu effrayer plus d’une femme dans son désir d’être mère. Après s’être battu pour obtenir une égalité avec l’homme, notamment pour le travail, n’est-il pas logique que certaines femmes aient à présent du mal à trouver leur place en tant que mères ? Affaire à suivre…
| Par Julie Chamard | 23/01/2008 | ![]() |
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8 commentaires |
Pas égoiste | posté par Inconnu
07/02/2008
Il faut penser à l'enfant avant tout et si on ne désire pas d'enfants, pourquoi le faire ? Chacun est libre de faire ce qu'il souhaite. Un enfant est une responsabilité énorme et il ne faut pas faire d'enfant pour être comme tout le monde...
Si je m'étais écoutée | posté par Inconnu
01/02/2008
J'ai "fait" un enfant tardivement. Pourquoi ? je me le demande encore ! Je ne me considère pas comme une mère, et pour moi, elle n'est plus mon enfant.. c'est une si longue histoire...
ces femmes qui ne veulent pas d'enfant | posté par Inconnu
30/01/2008
intelligente cette analyse sur le refus de maternité, et très vraie. Mais, pour ma part, je souhaite à toutes les femmes en age de devenir mère de connaitre un jour les bonheurs et les affres du role de maman
Pas de maternité | posté par Carlotta
29/01/2008
Ce n'est pas évident pour tout le monde, mais maintenant devenir une femme accomplie n'est plus synonyme de maternité. Même si la pression sociale pour avoir absolument des bambins est encore trop présente.
Très bel article | posté par Jerem44
25/01/2008
Très bel article qui nous aide à comprendre que oui, on peut être une femme épanouie et heureuse tout en ayant choisi de ne pas avoir d'enfants.
ça fait réfléchir... | posté par Inconnu
24/01/2008
Moi j'ai toujours voulu être mère, c'est après que je me suis posée toutes les questions de ces femmes...si j'avais intellectualisé le fait d'être mère : je ne le serai pas, c'est très clair !
... la femme n'est-elle pas sur terre pour enfanter... | posté par le corbeau
24/01/2008
La volonté est maintenant plus forte que la nature... dommage pour nous les hommes
Pas égoïste | posté par ariane
24/01/2008
Je comprends ces femmes qui ne veulent pas d'enfants... pendant longemps je n'en ai pas voulu, parce que je ne me voyais pas assumer des responsablités de mère. Ce n'était pas égoïste, comme me le disait mon entourage, mais je ne voulais pas imposer mes peurs, mes doutes et mon éventuelle incompétence en matière d'éducation à mes enfants. C'était plutôt lucide comme point de vue. J'ai finalement changé d'avis, mais ça, c'est une autre histoire!








