> Composer avec une famille recomposée
Face à l’incroyable envolée des divorces, le modèle traditionnel de la famille a subi, ces dernières années, d’importantes mutations. Aujourd’hui, vivre au sein d’une famille recomposée est devenue monnaie courante. Pour autant, cela demeure un véritable défi pour tous : parents, enfants et beaux-parents. Un défi au quotidien, parsemé d’embûches, pour ces maisonnées des temps modernes.
A l’heure où la longévité du couple n’a jamais été si éphémère, les familles recomposées semblent s’inscrire dans une toute nouvelle norme sociale. Véritable phénomène de société, elles doivent néanmoins faire face à bien des obstacles et ces histoires d’amour peinent parfois à trouver un équilibre au sein de leurs foyers. Enfants, parents, beaux-parents, faux frères et autres enchevêtrements cornéliens, autant dire que l’harmonie est difficile à atteindre et les mésententes inévitables. Un défi de taille les attend : apprendre à se connaître, à se respecter, à cohabiter, et plus difficile encore, à s’apprivoiser et s’aimer les uns les autres. Mais comment parvient-on à mêler harmonieusement liens du sang et liens du cœur, à concilier passé et présent et puis surtout à trouver sa place au sein de cette nouvelle structure familiale ? Des personnes vivant ou ayant vécu au sein de familles recomposées ont accepté de nous livrer leurs sentiments. Ils nous expliquent comment ils ont tenté, chacun à leur façon, de se (re)composer un bonheur et un équilibre. Avec la participation de Catherine Cudicio, psychanalyste et coach du couple.
Un nouveau départ
Pas facile de se retrouver, du jour au lendemain, affublé d’une toute nouvelle famille. Pas facile de s’y retrouver dans ce micmac infernal entre les faux frères et les vraies sœurs, les parents biologiques et les beaux parents. Pas facile, surtout, d’accepter ces "autres" qui ne sont, au départ, que de parfaits (et même souvent d’imparfaits) étrangers. Une situation qui, loin de ne déstabiliser que les enfants, agit sur tous les acteurs de cette nouvelle vie, ainsi que le précise Anne, 33 ans : "Les parents doivent gérer à la fois la détresse des enfants et celle du couple en proie à tous ces changements. Quand je me suis remariée j’avais un enfant et mon mari en avait 3 de son côté en garde alternée. Je peux vous dire que notre vie de couple a failli voler en éclats au départ". Anne doit alors faire face à l’hostilité des enfants de son compagnon. Comme beaucoup d’enfants dans pareille situation, ils ne l’acceptent pas et vivent son arrivée dans la famille comme une véritable intrusion.
"Le fait que je sois bien plus jeune que leur père n’a rien arrangé, ajoute Anne. Pour eux, je n’avais aucune légitimité à me tenir là, près d’eux, au quotidien." Anne s’inquiète alors de l’avenir de son couple mais elle n’a guère le temps de s’y attarder, trop occupée à s’assurer que sa fille va bien, qu’elle se fait doucement à cette nouvelle vie. "C’est un long chemin, poursuit-elle. Rien n’est simple. Pour personne. Et si vous faites le moindre faux pas, tout le monde s’écroule en même temps. Mais après ça, je crois que vous pouvez tout affronter. Sans un amour immense, aucun couple ne peut surmonter tout cela. Ça me semble impossible."
Gérer une toute nouvelle histoire d’amour, faire face à l’hostilité des "nouveaux enfants" et s’inquiéter du sort de ses propres rejetons, voilà ce qui attend la plupart de ces couples. Bien souvent ballotés d’une maison à l’autre et d’une famille à l’autre, les enfants peinent à (re)trouver leur équilibre et à dépasser le sentiment d’injustice que tant de bouleversements suscitent en eux. Quant aux parents, ils doivent tout à la fois faire face à toutes ces difficultés et tenter de ne pas se perdre en chemin. Une épreuve qui certes, contribue à renforcer les liens, mais qui s’accompagne toutefois de nombreuses contrariétés au quotidien.
Pourtant, comme l’explique Catherine Cudicio, "il y a de plus en plus de familles recomposées et la situation ne semble plus du tout singulière comme cela a pu être le cas. En même temps, l’individualisme est une valeur très importante dans notre société ce qui va à l’encontre de la dimension collective de la vie de famille. Il semble que la famille soit une sorte de repère fantasmatique, de signe d’intégration sociale, une sorte de but à atteindre. Pourtant, qu’elle soit ou pas recomposée, la famille est un lieu riche d’interactions ce qui implique aussi d’interactions conflictuelles".
Un air de famille
Dans l’expression "famille recomposée", cela ne vous aura pas échappé, il y a le mot famille. Et au fond, la famille, ce n’est pas juste une histoire d’ADN. C’est aussi et surtout une histoire de vécu, de partage, une histoire d’amour entre des individus réunis par la vie. Et c’est précisément là que repose la recette de l’harmonie pour les familles recomposées, au même titre que n’importe quelle autre. Le tout étant de tisser, au jour le jour, des liens d’amour et de fratrie. Pour Catherine Cudicio, "les familles recomposées affrontent les mêmes difficultés que les autres, mais d’une façon plus accentuée, tôt ou tard les enfants doivent accepter qu’ils ne choisissent pas leur famille, qu’elle soit ou non biologique. On oublie aussi trop souvent qu’une famille qui se recompose s’est auparavant séparée, ce qui a déstabilisé les enfants et leurs parents. Dans ce contexte difficile, les fratries ont tendance à se souder davantage pour affronter le "danger" : des frères et des sœurs avec lesquels il faudra désormais partager, un beau-père ou une belle-mère qui risque de "voler" l’amour et l’attention qu’ils attendent…"
Pour autant, les débuts sont souvent très compliqués pour tous et dans bien des cas, la partie n’est gagnée qu’au prix d’une extrême patience et aussi de bon nombre d’efforts.
"Au début, lorsque je me suis remarié, confie Cédric, 35 ans, mon fils me répétait à longueur de journée que Sarah, ma nouvelle femme, n’était pas sa mère et qu’il la détestait. J’avais beau lui répéter qu’elle ne prendrait jamais la place de sa mère mais qu’elle pourrait tout de même avoir une petite place dans sa vie, il ne voulait rien entendre. C’était infernal. Mais sa réaction était normale. Il voyait une autre femme avec son père et d’autres enfants à la maison alors qu’il était fils unique. Il lui fallait du temps pour digérer."
Il serait en effet utopique de penser que de tels changements puissent se passer paisiblement. Selon Catherine Cudicio, "beaucoup d’enfants souffrent de peurs qui restent non dites et s’expriment à travers des comportements visant à attirer toute l’attention sur eux. Par exemple, ils craignent souvent la naissance d’un demi-frère ou d’une demi-sœur qui deviendrait l’enfant préféré. La peur d’être abandonné est très présente, la rivalité réelle ou non aussi. Il appartient aux parents de les rassurer ; et de le faire souvent, il ne faut pas craindre de se répéter quand on exprime son amour".
Trouver sa place
Trouver sa place. Voilà le défi de taille qui attend chacun des membres de la nouvelle famille. Et pour trouver sa place, il semble qu’il faille surtout ne jamais prétendre à celle de quelqu’un d’autre. Ainsi que l’explique Anne, "il est très important pour les beaux-parents de ne pas vouloir prendre la place du père ou de la mère absent. Mais le beau-père ou la belle-mère doit aussi apprendre à se faire respecter et tenter d’instaurer avec l’enfant de son conjoint une relation de confiance".
La notion de respect est élémentaire et bien qu’il apparaisse délicat d’exercer une quelconque autorité sur un enfant qui n’est pas le sien, cela est nécessaire pour ne créer aucune différence au sein de la fratrie. Une fratrie où naissent bien souvent des sentiments de jalousie entre les enfants issus d’unions différentes. Voilà pourquoi il est important d’instaurer des règles de vie communes à tous. Logés à la même enseigne, ils apprendront à vivre les uns avec les autres plutôt que les uns contre les autres.
Et puis surtout, ainsi que le précise Catherine Cudicio, "dire la vérité et énoncer très clairement les règles". Et d’ajouter : "l’autorité qu’on exerce chez soi doit être déconnectée du rôle de parent, elle doit être juste et ne favoriser aucun enfant au prétexte qu’il est fils ou fille d’un des parents. Ce n’est pas parce qu’on est parent qu’on fait autorité mais parce qu’on est l’adulte de référence qui doit veiller au bien-être et à la sécurité de chacun sous son toit... L’autorité bien comprise est une responsabilité, elle représente une protection et des repères solides pour les enfants".
Autre point important, il est primordial que le beau parent et le parent biologique tiennent le même discours face aux enfants pour rester crédibles en toute circonstance et faire front contre les éventuelles tentatives de rébellion. "Les enfants ne doivent pas être pris pour des alliés d’un camp ou de l’autre, ajoute C. Cudicio, et donc cela oblige le parent et le beau parent à jouer leur rôle d’adulte de référence et non de chef de tribu… »
Autant de règles indispensables au bon fonctionnement de ces maisonnées. Des règles que le beau parent a autant de légitimité à faire valoir que le parent biologique, mais comme le souligne C. Cudicio, « il n’y arrivera que s’il existe une réelle cohésion de son couple, ce qui n’est pas si simple ! »
L’union fait la force
Pilier fondateur de cette nouvelle famille, le couple se doit de rester uni pour en préserver l’équilibre. Il doit également fédérer tout son petit monde et tout faire pour créer une ambiance de famille à la maison. Repas, sorties, vacances en famille, tout doit être mis en place pour tisser des liens et créer des souvenirs. "Se construire des souvenirs ensemble, c’est oublier, quelque part, qu’on ne les a pas toujours connus, explique Lydia, qui a grandi dans une famille recomposée dès l’âge de 10 ans. C’est combler cette absence dans le passé par la présence au quotidien".
Tout cela sans jamais renier le passé de chacun et en essayant de l’intégrer au mieux. Les enfants doivent pouvoir conjuguer sans mal leur vie chez l’un et l’autre des parents biologiques et en parler ouvertement, sans avoir l’impression de trahir qui que ce soit. Le sentiment de trahison est souvent très présent chez les enfants, qui expriment leur mécontentement et leur solidarité envers le parent absent en étant désagréable et de mauvaise volonté. Ce n’est que passager. Lorsque l’enfant aura compris que personne ne lui demande de choisir et que ses parents biologiques seront toujours ses parents, quoi qu’il arrive, les murs qu’il aura dressés pour se protéger tomberont uns à uns.
Vous l’aurez compris, l’harmonie au sein des familles recomposées dépendra en grande partie de l’entente au sein du couple. "Quoi qu’il arrive, insiste C. Cudicio, préserver un espace-temps pour l’intimité. Il ne faut pas non plus craindre de montrer son bonheur de partager la vie d’une personne qu’on a choisie et que l’on aime sincèrement. Le bonheur est contagieux et c’est ce dont on a le plus besoin au sortir d’une période difficile... Il ne faut pas non plus oublier que la vie de famille n’est qu’une étape ; les enfants deviennent autonomes, quittent le foyer… Le couple, pour « survivre » doit s’inscrire dans une perspective de vie avec des projets personnels, des désirs, des ambitions, des idéaux..."
| Par Levana Siboni | 23/04/2008 | ![]() |
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1 commentaires |
Une chance... | posté par Inconnu
29/04/2008
Mes parents ont divorcé quand j'avais 12 ans et même s'il y a parfois eu des difficultés, je me rends compte avec le recul que ça m'a beaucoup apporté. Que ce soit au niveau de l'ouverture d'esprit ou des nouveaux membres de ma famille agrandie...
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