> Couples éclairs : la course à l'amour
Si, par peur de brûler les étapes et de faire fausse route, la plupart des couples prennent le temps de s’aimer et de se découvrir avant d’aller plus loin, certains décident, au contraire, de ne pas attendre. Déménagement, mariage, enfants, pour eux, tout va très vite. Lumière sur ces couples "éclairs", leurs coups de cœur et leurs histoires d’amour foudroyantes.
En amour, il n’y a pas de règle. A chacun son histoire, son vécu, ses doutes et ses passions. Mais surtout à chacun son rythme. Et pour certains, tout va très vite. Une rencontre. Un regard. Quelques mots échangés. Et une certitude qui balaie toutes les craintes : c’est la bonne. La bonne personne, la bonne rencontre, la bonne fois, la bonne alchimie. Une certitude partagée. Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, voilà nos couples supersoniques engagés pour la vie, à faire des projets d’avenir en attendant bébé… Une tendance qui semble connaître, ces derniers temps, un certain succès, défiant ainsi toutes les statistiques existantes. Alors pourquoi ? Pourquoi tous ces couples semblent subitement si pressés de s’aimer ? Peut-on penser qu’un tel phénomène soit en réalité le reflet d’un malaise, à l’heure où le taux de divorce n’a jamais été si élevé ? Une façon comme une autre de conjurer le sort en décidant de ne plus se poser de questions et de profiter d’un bonheur que l’on sait bien souvent éphémère ? Pour nous éclairer, quelques un de ces couples ont accepté de témoigner. Avec la participation de Catherine Cudicio, psychanalyste et coach.
Comme une évidence…
On pourrait penser qu’ils sont fous. On pourrait penser qu’emportés par un tourbillon d’émotions, ils perdent la raison et se surprennent, sans même s’en apercevoir, à brûler toutes les étapes conventionnelles, tout émoustillés qu’ils sont par cette rencontre magique. Pourtant, si l’on en croit Johanna, 29 ans, il n’en est rien : "je n’ai pas eu de coup de foudre pour Lionel. Et c’est là que les gens se trompent. Ce que j’ai ressenti, c’est un apaisement, une certitude. Je n’étais ni aveuglée ni transportée par je ne sais quel sentiment dévastateur. Je savais que c’était lui. C’est tout. Et quand vous ressentez ça si fort, vous savez qu’il ne sert à rien d’attendre. La vie n’est-elle pas déjà assez courte ? "
Une perception que partage Luc, 39 ans : "j’ai su que Delphine était la femme de ma vie à l’instant où je l’ai rencontrée. Mais j’étais complètement lucide. J’ai déjà eu un coup de foudre avant, et croyez-moi le coup de foudre vous déstabilise plutôt qu’autre chose, il sème le doute et vous fait perdre tous vos moyens. Là, non, c’était comme si, d’un coup, tous mes doutes s’envolaient. Je n’ai pas eu envie d’attendre pour vérifier ce que je savais déjà. Et après bientôt 8 ans de mariage, je ne le regrette toujours pas". Luc avoue également n’avoir pas toujours été aussi impulsif en amour, il raconte même avoir connu de multiples échecs avant cette rencontre. Selon lui, l’expérience et les désillusions conduisent également à une meilleure connaissance de soi et de ses attentes. "A 31 ans, je savais davantage ce que je voulais qu’à 23, dit-il. Je savais aussi ce que je ne voulais pas. Et faire mon choix sereinement a été de ce fait beaucoup plus simple. Delphine correspondait à mes attentes. Je l’ai reconnue tout de suite. C’est celle que j’attendais."
Pas de temps à perdre
"J’avais 40 ans quand j’ai rencontré ma femme, confie Bernard. Elle était un peu plus jeune que moi et nous sortions tous les deux d’un divorce sans enfants. Ce n’était pas un coup de foudre, on s’est tout de suite bien entendus et il est probable que notre douleur commune à ce moment là nous ait rapprochés. Quoiqu’il en soit, en un mois, nous étions mariés. Si on voulait pouvoir avoir des enfants tous les deux (et on le voulait plus que tout), il fallait aller vite. J’avais appris à la connaître et je savais qu’elle me rendrait heureux et serait une mère parfaite. J’aimais la femme qu’elle était. Et c’était réciproque. L’amour s’est installé petit à petit et ça dure depuis 7 ans. Nous avons eu un enfant. Et je peux vous dire que je ne regrette rien." Un empressement qui peut donc aussi, parfois, traduire un besoin de combler la tristesse, la solitude, un choix guidé par la raison. Et ce qui peut, de prime abord, sembler précipité, passionné, irréfléchi, se révèle être, bien au contraire, un acte bien pensé, souvent sur la base d’un commun accord.
Etre père, mère, avant qu’il ne soit trop tard. Ne pas finir seul(e) et aigri(e). Faire le choix de la raison au détriment, parfois, de la passion. Selon Catherine Cudicio, "la peur d’être seul et le besoin de sécurité matérielle, affective, psychologique existent chez ces personnes qui cherchent la conjugalité. Plus le sentiment de précarité est important et plus le besoin d’y échapper est fort, et le couple fait partie de ces moyens, même si, en réalité rien n’est moins incertain. La demande des seniors semble moins claire, beaucoup d’entre eux (et plus encore d’entre elles) ont déjà donné, ont vécu en couple, élevé des enfants, leur recherche demeure plus sentimentale que conjugale".
Le jeu de l’amour et du hasard
L’amour, finalement, ce n’est jamais qu’un hasard. On se rencontre, par hasard. On s’aime, par hasard et parfois, de plus en plus souvent, on se quitte aussi, par hasard. On a beau essayer de définir des règles, de mettre toutes les chances de son côté, de prendre le temps d’être sûrs, en réalité, on n’est jamais sûrs de rien. Et n’est-ce pas cela, aussi, qui rend l’aventure amoureuse si excitante ? Pour Mouna, 27 ans, cela ne fait pas de doute : "en amour, on ne peut vraiment rien prévoir. Même si on essaie de le faire, on ne se fie qu’à son instinct et souvent, à son cœur. Et ça ne marche pas toujours. Sans qu’on comprenne pourquoi. Tous ces couples qui mettent des années avant de s’engager, qui se connaissent sur le bout des doigts et qui pourtant finissent par se quitter, allez comprendre… " Et d’ajouter, "c’est pour cette raison que moi, j’ai décidé, quand j’ai rencontré mon mari, de ne plus me poser de questions. J’étais bien avec lui, j’avais envie d’aller plus loin alors pourquoi attendre ? Il y aura toujours une raison de se quitter si on ne cherche pas de bonnes raisons de rester ensemble. Alors autant se donner les moyens de construire quelque chose à deux. Une vie, une famille, des projets. Des choses qui vous donnent l’envie de rester".
Même son de cloche du côté de chez Cyril, 28 ans : "l’engagement fait partie du processus amoureux. Sans engagement, l’ennui s’installe très vite et on se lasse l’un de l’autre. Evidemment, ça peut ne pas marcher, mais bon, attendre n’est pas non plus la garantie que ça marche. Personnellement, je pense qu’on passe trop de temps à attendre, à se poser mille et une questions quand seule l’expérience peut nous apporter des réponses". Une philosophie qui pousserait donc certains couples à brûler les étapes. Etapes qu’ils jugent, de toute façon, inaptes à leur garantir un quelconque succès.
"Réfléchir, prendre son temps, c’est à la limite du manque de spontanéité fort peu en vogue actuellement où la tendance valorise l’émotion, ajoute Catherine Cudicio. Le couple uniquement fondé sur le lien amoureux ne s’est jamais aussi bien "vendu". La plupart des gens pensent que le couple leur fournira un havre de paix et d’amour... Par ailleurs, les couples d’aujourd’hui savent qu’ils pourront facilement mettre fin à cette relation si elle ne répond pas à leurs attentes. Le couple, même éphémère, bénéficie d’une image sociale très valorisée tant il est difficile de construire une relation satisfaisante, ce qui donne encore plus d’attrait à la vie à deux."
Le présent, seule certitude
Certains vont encore plus loin et avouent leur désillusion face à l’amour éternel. Une douce illusion qui se heurte pourtant à une réalité toute autre : en France, le divorce touche un couple sur deux. Un chiffre qui en décourage plus d’un, raison pour laquelle, sans doute, les célibataires sont, plus que jamais, légion en France. Mais quand le célibat semble être le rempart de certains, d’autres, paradoxalement, décident de "prendre le taureau par les cornes" et de vivre le moment présent sans penser à l’avenir. En témoigne Céline, 30 ans : "Puisqu’un couple sur deux est de toute façon voué à l’échec, autant prendre le plaisir lorsqu’il est encore là. Il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Je suis divorcée depuis deux ans et je sais trop que le bonheur ne dure jamais. Alors je le saisirai au vol lorsqu’il se présentera. Je n’attendrai pas qu’il passe pour me construire des souvenirs. Et puis, qui a dit que le mariage devait être éternel ? C’est une preuve d’amour comme une autre. Pourquoi s’en priver ?"
Selon Catherine Cudicio, il s’agit là d’un comportement symptomatique de nos sociétés modernes. "Désormais, précise-t-elle, il est très facile de se séparer. L’expression "flasher" pourrait en partie décrire le processus. J’y vois aussi une attitude consumériste qui exclut l’attente et la frustration. Beaucoup de gens agissent selon un schéma de vie "je veux tout, tout de suite". Paradoxalement, alors que la longévité s’accroît, le manque de temps fait partie du paysage subjectif de beaucoup".
Une société tellement mouvante que rien ne semble durer éternellement et où il convient, parfois, de se raccrocher à la seule chose dont nous soyons vraiment certains : le moment présent. Se dire que l’on s’aime. Vivre ensemble. Se marier. Avoir des enfants. Tant que l’amour est là. Ne surtout pas le rater. Et Catherine Cudicio de conclure : "certains couples se forment très rapidement après un coup de foudre réciproque et cela n’implique pas qu’ils aillent à l’échec. Décider de vivre ensemble ou de s’engager n’est pas une fin, mais le début d’une expérience qui sera le reflet de ce que chacun est prêt à investir : amour, passion, affection…"
| Par Levana Siboni | 09/04/2008 | ![]() |
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2 commentaires |
laurence | posté par Inconnu
11/04/2008
J'ai du mal à croire que l'on puisse construire quelque chose de durable si vite, sans recul. C'est spontané, mais il faut vraiment avoir confinace en soi et en l'autre.
Mmmm... | posté par Inconnu
10/04/2008
Article très mignon mais je ne comprends pas les gens qui se jettent les yeux fermés dans une histoire. On ne peut pas vraiment connaître quelqu'un en quelques semaines. Trop de gens autour de moi ont fait cette erreur de s'engager trop vite et l'ont regretté. Même s'il ne faut quand même pas trop attendre.
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