© Copyright : DRPourquoi pas nous à Nouméa
Nous sommes en avril 2007, mon mari vient de recevoir une proposition de travail à Nouméa en Nouvelle Calédonie… que faire ? Sauter le pas et aller vers l’inconnu ? Tout quitter pour tout recommencer ? Décision difficile à prendre…
Un petit retour en arrière et une présentation s’imposent…
En 2007, nous avons respectivement 30 et 34 ans. Je suis enseignante et mon mari est technicien aéronautique. Nous sommes ensemble depuis juin 98, mariés depuis le 27 octobre 2001 et parents d’un garçon de 2 ans et demi et futurs parents d’une petite fille qui pointera le bout de son nez fin juillet.
Nous vivons dans le sud de la région parisienne depuis août 2003 et cette proposition de boulot tombe à pic : la vie en région parisienne m’épuise et semble aussi épuiser notre couple… mais seulement, partir à 20 000 km sans rien connaître de la destination, si loin de tout ce qui me raccroche à mon quotidien me fait peur… Quitter famille, amis, boulot pour aller tout reconstruire de l’autre côté de la planète… que faire ?
J’ai posé le pour et le contre pendant des semaines, mal dormi pendant des nuits entières, me demandant si nous allions résister à ce changement. Oui, résister, car même si nous formons la famille parfaite de l’extérieur avec un beau petit blondinet et un futur bébé, la réalité est loin de ce tableau idyllique que l’on renvoie aux gens autour de nous… Notre couple semble épuisé, entraîné dans la spirale du quotidien partagé entre le boulot et le petit. On n’a plus de temps pour nous ou plutôt on n’en prend plus, on ne se parle plus, on vit notre vie comme elle vient avec les habitudes, les semaines défilent et se ressemblent : je me lève le matin, pars au travail, dépose mon fils chez sa nounou, le récupère le soir, lui donne le bain, le fais manger, prépare le repas, mange, couche le petit et me couche épuisée par ma journée et ma grossesse… Où est mon mari ? Quand il n’est pas devant son ordinateur, il est au boulot et comme il est en décalé, il est soit du matin, soit de l’après-midi soit de nuit alors on se croise, on arrive quand même à partager quelques moments ensemble, autour de la table, devant la télé ou au parc… moments rares mais existants quand même…
Pour ce qui est de notre intimité, elle est nulle : ma libido est à zéro depuis ma grossesse, de toute façon mon mari ne me regarde plus et semble préférer la compagnie de son ordinateur.
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© Copyright : DRNouméa nous voilà !
Voila où nous en sommes en avril quand cette chance (?) sonne à notre porte. La proposition écrit arrive début mai, tout nous semble correct : la rémunération, les conditions… reste encore à prendre LA décision… et c’est à moi qui revient cette lourde tâche car mon mari s’imagine très bien sous les tropiques ! Alors OUI partons, laissons tout ici et tentons cette aventure.
Les préparatifs m’occupent : avertir la famille, les amis, fixer la date de départ, trouver un déménageur, faire les cartons, poser un congé parental tout en demandant ma mutation, vendre l’appartement, les voitures… on est déjà fin juillet, le 28 je donne naissance à notre petite fille et nous savons que dans deux mois nous serons sous le soleil…
Le 11 septembre, nos meubles partent, nous signons chez le notaire pour la vente de notre appartement et nous voilà sans domicile fixe avec comme seules affaires trois valises. Nous partons en Bretagne dans la famille, histoire de souffler un peu et dire au revoir à tout le monde.
Nous disons au revoir à la France métropolitaine du ciel le 25 septembre. Après 24 heures de vol nous arrivons en Nouvelle Calédonie… Il est 9h30 du matin et il fait chaud. Nous déposons nos affaires à l’hôtel d’où nous avons une vue magnifique sur la mer. Notre rêve commence à prendre forme, nous nous imaginons déjà vivre face à la mer dans une maison où nous pourrons profiter tous les jours d’aller nous baigner… Nous nous couchons l’après midi rattrapés par le décalage horaire et enfin pour la première fois depuis des mois, je ferme les yeux sereine pensant à tout ce que va être notre vie ici…
Mais la réalité nous rappelle à l’ordre dès le lendemain puisque nous devons chercher un logement, des voitures, connaître la ville, aller aux différentes administrations comme l’assurance maladie et faire les démarches nécessaires pour nous inscrire… Nous déchantons rapidement pour notre future maison face à la mer puisque les prix sont ceux pratiqués en région parisienne et ce genre de produit est plutôt rare ! Nous nous rabattons donc sur un appartement F4 qui est aussi une denrée plutôt rare et donc chère ! Après une dizaine de visite nous trouvons mi-octobre un F4 pour un loyer de 1500 euros par mois (aïe !) suffisamment grand pour stocker tout notre bazar en attendant peut être d’acheter. Petit bonus, nous avons vue sur mer (bon, elle est très loin mais on la voit quand même !!!)
Nous achetons aussi une voiture et attendons de savoir si je vais avoir ma mutation pour nous lancer dans un second achat.
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© Copyright : DRParadis trop perdu
Ensuite connaître la ville ne se révèle pas trop dur car Nouméa n’est pas spécialement grand !
En revanche, nous hallucinons sur le prix de la vie : le caddie qui me coûtait aux environs de 180 euros par semaine en France me revient ici à 250 euros ! Tout est 50, 60 voire 70 % plus cher, enfin tout, disons ce qu’il y a puisque le choix est plutôt restreint…
Résultat, le salaire de mon mari, qui est l’équivalent de nos deux salaires en région parisienne, nous permet juste de clôturer correctement nos fins de mois… et dire qu’avant on vivait bien et on mettait même de côté !
Eh oui les déceptions commencent à s’accumuler : le coût de la vie, les administrations qui me font tourner en bourrique, me demandant sans cesse les mêmes papiers, la fameuse aide pour mon congé parental qu’on m’avait certifiée en France mais qui n’existe pas ici en fait, l’ambiance particulière et assez perturbante entre les locaux qui rament pour vivre et les « métros » qui s’affichent dans leurs gros 4X4, notre appart où nous ne sommes que locataires et où nous ne nous sentons donc pas tout à fait chez nous. On est parti de France en vendant le maximum de meubles et résultat on n’a pratiquement plus rien à nous si ce n’est un canapé, un lit pour chacun, une table et des chaises et nos affaires personnelles rassemblées dans des cartons ; et vu les prix, acheter quelques meubles n’est pas notre priorité ! Je l’appelle notre chez nous impersonnel… L’achat d’un bien est reporté : c’est très cher et mon mari vit ses premières déceptions au boulot, on commence à parler entre nous de ne pas rester et on est que mi-novembre !
On profite quand même car tout n’est pas noir : les paysages sont magnifiques, c’est baignade pratiquement tous les jours et nous allons régulièrement nous poser en bateau sur un petit îlot pour farnienter et profiter…
Et entre nous… les préparatifs, l’arrivée de notre fille, le départ, notre arrivée n’ont pas du tout chamboulé notre sexualité puisqu’elle est toujours au point mort, j’en souffre beaucoup mais comme il n’y a plus de dialogue je ne sais comment aborder le sujet…
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© Copyright : DRJe crois que le jour où j’ai le plus souffert a été le 19 novembre…Ce matin-là, je me traîne et m’ennuie. Je fouille dans l’ordinateur histoire de faire du tri et là, le coup de massue : des photos de mon mari avec une autre fille (photo tout ce qu’il y a de plus sain, je vous rassure et moi aussi par la même occasion !) et un texte qui ressemble à un échange de mail et qui met en scène mon mari et cette fille dans une histoire érotique ! Je vacille quand je lis le texte, les mots employés par mon mari pour parler à cette femme... Je ressens comme un coup de poignard, je ne le crois pas. A cet instant si j’avais été en France j’aurais fui avec mes deux enfants, mais là je suis en quelque sorte coincée… Tout ce que je redoutais est arrivé. Je savais que mon mari me cachait quelque chose, son regard avait changé, il ne me regardait plus comme sa femme mais comme la mère de ses enfants, je sentais qu’il ne me désirait plus, mais de là à aller chercher sur le net ce qu’il ne trouvait plus à la maison, je ne l’aurais pas cru capable, lui si droit, si honnête…
Je ne sais comment aborder le sujet avec lui alors j’écris et glisse la lettre dans ses affaires. Dans cette lettre qu’il lira le lendemain au travail, je lui explique que je ne lui en veux pas, que je comprends (comment pourrait-il me désirer alors que je traîne encore des kilos et que les enfants me pompent toute mon énergie) mais que je l’aime encore et je veux sauver notre histoire… Il se confond en excuses au téléphone et le soir à l’appartement. Nous passons plusieurs soirs à parler, comme si on rattrapait le temps perdu, il m’explique comment il en est arrivé la. Mais nous décidons ensemble de faire face et de sauver notre histoire…
Faux départ
A l’heure où je vous raconte tout ça, nous sommes en avril 2008. J’ai eu un poste dans un collège. Nous continuons à profiter des paysages magnifiques, des baignades et le temps défile toujours autant. Même si j’avais pris de bonnes résolutions comme prendre du temps pour moi j’ai toujours l’impression d’avoir mes deux loustics dans les pattes ! Mais le peu qu’ils me laissent, je préfère le passer avec mon homme : nous avons décidé de nous reconquérir suite à cet incident et nous le faisons par le biais d’Internet et des mails ! C’est à moi maintenant qu’il écrit et rien de tel pour rebooster une libido ! On s’est retrouvé et ça fait du bien surtout que sous son air d’île paradisiaque la Nouvelle Calédonie commence à montrer une autre facette : beaucoup de deceptions professionnelles, sur le coût de la vie aussi et du mal à prendre nos marques. Tout nous manque : notre famille, nos amis ( le réseau Internet marche mal et le courrier met 15 jours), les vrais magasins, les saisons. Ici il fait le même temps toute l’année : beau, chaud et des seaux d’eau régulièrement ! Bref pas le peine d’avoir une garde robe variée puisqu’on s’habille toujours pareil ! Le froid me manque et encore plus en ce moment. Le printemps et les premiers bourgeons, les premières chaleurs… Il nous reste un an et demi puisque j’ai un contrat de deux ans, à moins qu’un autre pays nous ouvre ses portes ! Parce que même si la Nouvelle Calédonie ne sera pas la terre de notre vieillesse, elle ne nous a absolument pas dégoûté de voyager et de connaître d’autres pays, d’offrir à nos enfants la chance de connaître d’autres cultures…On a déjà commencé en visitant l’Australie pendant nos premières vacances et pour les suivantes ce sera la Nouvelle Zélande et ensuite… la Tasmanie, le Japon… toutes les destinations qui nous semblaient hors d’atteinte quand on était en France sont à notre portée ! On se surprend même à s’imaginer poser nos valises dans l’un de ces pays ! Puis grâce à ce voyage, j’ai évité le naufrage de ma vie de couple, je ne dis pas que tout est gagné, le chemin est long encore mais on est sur la bonne voie et ça je le dois à ce changement de vie !
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