Avec l’émergence des nouvelles technologies, une multitude de sites pornos se sont développés. Jeunes ou moins jeunes, ils sont nombreux à développer une addiction. Et dans certains couples, les dégâts causés sont monumentaux. Gros plan sur un sujet classé X, avec l’aide de témoins et de la psychanalyste Catherine Cudicio.

Voilà une forme d’addiction typique de notre époque et contre laquelle il s’avère bien difficile de lutter : l’addiction aux sites pornos. L’essor prodigieux de ces sites et la popularisation d’Internet a jusqu’ici plutôt provoqué un débat autour du contrôle parental et l’accès des jeunes aux contenus illicites disponibles sur le web. Mais on aborde assez rarement l’autre versant du sujet, celui qui concerne les adultes : que se passe-t-il lorsqu’une personne développe une totale addiction aux sites pornos, qu’il s’agisse de sites de téléchargement ou de sites de chat ? A fortiori lorsque cette personne vit en couple… Quelles peuvent être les raisons justifiant ce penchant tenace ? Faut-il l’expliquer par un déficit de la libido au sein du couple, la recherche d’une perversion, d’un jardin secret érotique, d’une "double vie" virtuelle ? Et surtout, quelles sont les répercussions de cette addiction sur le couple et sa sexualité ? Comment réagir lorsque la vérité éclate ? MySmooze lève le voile sur cette question encore trouble.
Une addiction pas si virtuelle
Si le succès de l’industrie du film X n’est plus à prouver depuis longtemps, celui du porno sur le web reste encore entouré d’un grand flou artistique. Il existe aujourd’hui pléthore de sites pornos assez facilement accessibles, où n’importe qui ou presque peut télécharger des vidéos plus ou moins "hard" ou chatter avec un(e) inconnu(e) dans un langage plutôt cru. La déferlante est massive, elle touche jeunes et moins jeunes, et elle s’insinue de plus en plus profondément dans les habitudes des internautes. Faut-il y voir une révolution sexuelle et virtuelle ? Pour Catherine Cudicio, psychanalyste, "le sexe virtuel par chat a l’immense mérite d’éviter la prise de risque de la séduction, de l’échange, de la panne. C’est une manière de faire abstraction de son corps, en ce sens cela révèle un malaise présent à toutes les époques. Les mouvements de libération sexuelle des années 70 ont fait oublier un temps les difficultés de l’épanouissement de soi, elles reviennent en force aujourd’hui sous des formes parfois déconcertantes..."
Ainsi, à une époque où l’on est en permanence assailli de messages sexuels et où le contact physique pose de plus en plus problème à certains, on assiste à ce paradoxe : les gens "consomment" du sexe par écran interposé. Pratique, (relativement) anonyme, et bien dans l’air du temps. Catherine Cudicio explique : "La consommation de porno est devenue très facile avec Internet, plus besoin d’aller acheter des revues, au risque d’une indiscrétion. Si le porno a une telle ampleur, il ne faut pas se leurrer, c’est qu’il répond à un besoin. Mais, il y a aussi beaucoup d’hypocrisie : si c’était quelque chose d’aussi fondamentalement mauvais qu’on le dit, pensez-vous qu’il y aurait autant de consommateurs ?"

En définitive, Internet agirait comme un révélateur, ne faisant qu’intensifier et faciliter des pratiques qui existaient depuis longtemps ? "N’oublions pas qu’avant la généralisation de l’Internet, il y avait aussi les cassettes vidéo, souligne Catherine Cudicio. Beaucoup d’adolescents ont découvert le porno dans le salon familial... Devenus adultes, ils sont passés aux sites pornos. Par ailleurs, il faut savoir que la pornographie a toujours existé, ce qui change aujourd’hui, c’est surtout sa visibilité. Un autre facteur à prendre en compte est la facilité d’enregistrer soi même des images vidéo, téléphone portable, caméra numérique. Tout le monde peut devenir producteur de ses propres vidéos X."
Matez, consommez
Il est donc entendu qu’Internet et ses outils ont facilité l'addiction au porno, mais aussi sa fabrication et sa diffusion par n’importe quel amateur. En un clic de souris, sans avoir à braver la censure d’autrui, on peut donc exposer ou avoir accès à tous les fantasmes, toutes les pratiques, de la plus classique à la plus trash. Pour expliquer cet engouement, Catherine Cudicio souligne également : "Le sexe est devenu un produit de consommation, c’est trivial de le rappeler mais on ne peut passer une journée sans que le regard croise une image fortement évocatrice de sexe. L’image qui est donnée ne va cependant pas dans le sens de l’épanouissement mais prône une sexualité mécanique, orientée vers la performance, et finalement très masturbatoire."
Ainsi en se "libéralisant", en partie grâce aux sites pornos, la pornographie a naturellement engendré des excès et des comportements pour le moins erratiques. De plus en plus de gens, des hommes en majorité mais aussi des femmes, ont développé une forme d’addiction aux sites pornos, n’arrivant pas à se défaire d’un chat coquin ou du besoin de télécharger la dernière vidéo hard. Interrogée sur la question, Catherine Cudicio s’efforce de désamorcer l’importance de cette "addiction" : "Il faut reconnaître que ce sont surtout les hommes qui consomment de la pornographie, pour accompagner la masturbation. Le désir sexuel des hommes est différent de celui des femmes, il peut se satisfaire de quelques images, et de sensations. Il faut donc moins souvent y voir une addiction aux sites pornos, qu’une recherche des effets apaisants de la masturbation, l’éjaculation s’accompagnant de la sécrétion d’endorphines qui procurent une sensation agréable de relaxation, et soulagent les tensions."
Une explication certes recevable, mais qui est mise à rude épreuve lorsque la consommation de sites pornos se fait de plus en plus fréquente, qu'elle confine à l'addiction et qu’elle commence à interférer avec la vie sociale, amoureuse ou avec la vie de couple de la personne concernée. Un problème beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit, à tel point que certains sites d’aide aux "victimes d'addiction au porno" se sont créés, comme www.dependance-sexuelle.info ou www.orroz.net.

Sur ces sites, de nombreuses personnes confrontées à une véritable addiction aux sites pornos se livrent sans tabou et essaient de s’entraider pour trouver des solutions à cette obsession qui les ronge. Le site www.orroz.net nous a autorisés à reprendre certains des témoignages qu’il a pu recueillir depuis sa création ; ces derniers nous permettent de mieux mesurer l’ampleur de cette addiction aux sites pornos. Une femme désemparée avoue ainsi : "Je voudrais savoir comment aider ou faire prendre conscience à mon conjoint que sa consommation excessive de sites pornos est en train de tuer notre couple. Dès le début de notre relation, il m'a avoué qu'il possédait une collection impressionnante de revues XXX. Etant quelqu'un de très ouvert sans vraiment de tabous, je lui ai dit que cela faisait partie de son jardin secret, que je n'avais pas à tout savoir. Cependant depuis presqu’un an qu'on vit ensemble, il ne se passe pas une journée sans qu'il télécharge des dizaines de photos […] J'ai eu des dizaines de conversation pour essayer de lui faire part de mes sentiments à cet égard et […] ce ne sont que promesses non tenues. Il est évident que cela vient parasiter mes émotions, je ne peux pas faire autrement que de douter."
Secrets et mensonges
Beaucoup de témoignages révèlent au sein du couple une difficulté de communiquer à propos de cette pratique, et une forme de déni de la part des personnes frappées d'addiction. Ainsi, une autre femme révèle : "J'ai enfin compris certaines choses concernant mon mari. Nous nous connaissons depuis 11 ans et depuis le début il regardait des films X, lisait des revues, avait recours au téléphone rose… Mais depuis 1 an c’est un adepte du net, surtout des sites pornos, vidéos X, etc. Il a aussi trouvé une internaute féminine avec qui il fait des visios hots et en même temps ils s'échangent des paroles excitantes bien sûr […] Il y a eu beaucoup de tensions dans notre couple, il m'a affirmé qu'il tenait à moi mais que ça l'excitait. C'est quelque chose qu'il ne peut pas faire avec moi, m'a-t-il dit. Après plusieurs conflits, il m'a dit qu'il avait viré ce pseudo mais je doute. Je pense qu'il la recontactera. Je me sens coupable d'avoir tout toléré." Comme le dit Catherine Cudicio, "beaucoup de femmes cherchent à faire plaisir à l’homme qu’elles aiment, elles vont donc l’accompagner ou faire preuve de bonne volonté quant à la pornographie." Mais cette tolérance a des limites… "Le consommateur de porno doit alors rassurer sa (son) partenaire, lui expliquer que cela ne menace en rien leur relation."
Certains cas extrêmes soulèvent aussi la question de l’impact de l’imagerie porno sur la sexualité, notamment chez les nouvelles générations qui en sont abreuvées. Catherine Cudicio avance : "Le modèle pornographique est d’autant plus facilement accepté que les jeunes générations, formatées à l’indigence culturelle de la télé, n’ont aucun sens critique. Souvent issus de milieux souffrant de privation culturelle et d’un manque de communication, et d’une éducation défaillante, certains de ces jeunes consommateurs de porno pratiquent des conduites déviantes, notamment le viol collectif. Maintenant, la plupart des jeunes consommateurs de porno font parfaitement la différence entre ces pratiques et ce qu’ils attendent réellement d’une relation amoureuse authentique. La pornographie n’est ni joyeuse, ni permissive, tout au contraire, elle impose des codes et réduit le consommateur à un rôle de spectateur passif."

Beaucoup d’hommes sont conscients de ce formatage et en souffrent, comme ce témoin de 26 ans, consommateur de films X et de sites pornos depuis son adolescence et incapable de s’en défaire malgré une relation épanouie avec sa copine : "J'ai toujours eu une fascination pour le X, de belles femmes "au service de ces messieurs". J'ai commencé à en rêver, à fantasmer sur ces femmes. Ma copine ne supportait plus les regards permanents que je portais sur les filles sexys et jolies. Je lui disais qu'il n'y avait rien de mal mais, en fait, il y avait un désir bien plus profond en moi […] Sur le plan sexuel, tout se passait bien avec mon amie, mais j'en voulais plus, plus, toujours plus […] J'ai continué de visiter des sites pornos, et depuis peu de temps, j'ai l'ADSL et même si je me suis fixé des limites concernant le téléchargement de films X, je n'ai pas réussi à tenir. De même, j'avais ce besoin de communiquer, chatter sur le portable, faire des rencontres. Une véritable addiction. Ma copine m'a fait comprendre qu'elle ne voulait plus me voir, que j'étais sale. Je souffre beaucoup..."
Désintox
On voit donc que le rapport au porno et son accès favorisé par l’émergence des nouvelles technologies semble générer d’authentiques comportements de drogués. Ce jeune homme de 22 ans avoue : "Je me définis comme un drogué […] Je pensais avoir définitivement terminé avec le porno, ça me dégoutait... et pourtant petit à petit, j'y suis revenu : images puis vidéos puis cyber sexe avec webcam, il n'y a que les sex shop qui me révulsent encore... pour combien de temps ? […] J'ai des périodes de crises durant lesquelles je ne pense qu'à ça; les crises deviennent de plus en plus longues et de plus en plus envahissantes." Un autre raconte : "Je n'aurais même pas osé aller voir un psy ou un sexologue pour en parler... je n'en ai parlé à personne. Aimer le sexe, aimer le plaisir n'est pas une mauvaise chose. Mais moi j'en suis arrivé au point de recommencer à me masturber même quand ça fait mal, télécharger avidement tout ce que je peux... et passer des heures et des heures devant un écran d'ordinateur. Ma copine ne sait rien de tout cela, elle ne s'en doute certainement pas (ou peut-être que si) et je sais que si je lui disais je la dégoûterais... et pourtant je l'aime. Je l'aime de tout mon cœur."
Comme beaucoup d’addictions, la dépendance au porno fait beaucoup de dégâts, mais elle a cette particularité de produire des ravages dans la vie intime du couple. Elle modifie les comportements sexuels, elle engendre des cachotteries, des esquives gênées, des malentendus et des non-dits. Comme il s’agit d’un sujet tabou, il n’est pas facile à aborder sereinement. Pourtant, le dialogue est une première étape décisive pour ne pas laisser la situation dégénérer. Mais comme on l’a vu, il se révèle parfois insuffisant. Quand l’addiction devient trop envahissante, une aide extérieure est souhaitable – psychanalyste ou sexologue. Une visite sur les sites www.dependance-sexuelle.info ou www.orroz.net est aussi conseillée. Enfin, le recours à un organisme comme l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (www.anpaa83.asso.fr) aide à traiter les dépendances sexuelles de toutes natures. N’hésitez pas à les contacter.
Remerciements au site www.orroz.net
Vos commentaires
Invité
Réponse à "Inconnu" du 10/06/2008
Et aller fouiller dans l'historique de navigation sur la bécane de ton homme c'est pas pervers peut-être ?
vendredi 13 juin 2008 à 16:34:18
Invité
facile sur internet
mon mari va régulièrement voir des sites porno sur le web. Il ne m'a rien dit, mais il suffit de voir son historique de navigation, qu'il a sûrement oublié d'effacer... Je ne sais pas comment lui en parler ...
mardi 10 juin 2008 à 10:17:45
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Invité
vérification
comme dit ma chérie, la confiance n'exclut pas la vérification.
samedi 21 juin 2008 à 18:40:29