Tôt ou tard, la plupart des hommes y sont confrontés. Qu’ils soient passagers, récurrents ou durables, les troubles de l’érection ou dysérections ont fatalement un impact sur la sexualité d’un homme, voire sur son équilibre personnel et sur celui de son couple. Pour en identifier les causes et la meilleure façon d’y réagir, nous avons interrogé le sexologue Patrice Cudicio.

Si le mécanisme de l’érection est connu depuis longtemps, on sait aussi que c’est un mécanisme bien facile à gripper. Le processus érectile, qui s’impose comme une "évidence" naturelle pour la plupart des hommes à partir de la puberté, repose pourtant sur un ensemble de conditions physiques et psychologiques dont l’équilibre peut être aisément menacé. Le moindre problème vasculaire, nerveux, hormonal ou neurologique, la moindre problématique névrotique, stressante ou anxiogène peut être à l’origine d'un trouble de l'érection. Lorsqu’elle est passagère ou occasionnelle, la dysérection peut générer une gène. Lorsqu’elle est récurrente ou durable, elle peut être vécue comme une humiliation ou un déni de virilité, avec un impact fort sur l’équilibre de la personne concernée, voire de son couple. Face à ce problème, les hommes ne savent pas toujours comment réagir. Apprendre à "gérer" la chose et à en identifier l’origine est nécessaire. Pour y voir plus clair sur les troubles de l'érection, nous avons demandé l’avis d’un expert, le sexologue Patrice Cudicio.
Dr Cudicio, en tant que sexologue, rencontrez-vous beaucoup de patients qui viennent vous voir pour des troubles de l’érection ? Constatez-vous une recrudescence particulière de ce phénomène ?
Les troubles de l'érection sont l'un des principaux motifs de consultation, cependant, on ne peut pas dire qu'il y en ait aujourd'hui plus qu'il y a une dizaine d'années. La demande évolue cependant car aujourd'hui on sait qu'il est possible d'y remédier grâce à certains médicaments. La médiatisation du symptôme et de ses traitements explique aussi que si le nombre de cas n’est peut-être pas plus important qu’il y a 20 ans, les demandes sont cependant plus fréquentes ! Par ailleurs, les patients qui viennent consulter ont parfois déjà eu un traitement qui n'a pas donné les résultats attendus. Dans ce cas, des examens complémentaires doivent être envisagés avant d'adopter une attitude thérapeutique.
Quels "conseils d’urgence" donneriez-vous à un homme – et à un couple ! – confronté pour la première fois à des troubles de l’érection ?
Pas de panique ! Il peut s'agir simplement d'une fatigue ou d'un stress passager. Surtout s'il s'agit d'un homme jeune et en bonne santé. La survenue d’érections matinales et nocturnes doit rassurer.
En cas de trouble de l'érection, préconisez-vous de consulter dès les premières manifestations ? Ou au contraire d’attendre de voir la durée et l’importance du trouble ?
Oui, il faut consulter rapidement, notamment si ce trouble de l'érection est source d'inquiétude. L'angoisse d'un nouvel échec s'ajoute alors au symptôme et l'aggrave.

D’ailleurs, généralement, comment les hommes réagissent-ils face à un trouble de l'érection ? Pensez-vous que beaucoup d’hommes ont tendance à reculer l’échéance de la consultation, par gêne ou honte ?
Ce n'est pas si simple, tout dépend d'abord de qui émane la demande. Une panne sexuelle peut aussi être en rapport avec un manque de désir. Il arrive qu'elle ne survienne que dans certaines circonstances. Quand le patient est motivé, il n'hésite pas à consulter. Malheureusement, on voit encore trop fréquemment des hommes venir consulter, plusieurs mois, voire plusieurs années après l’apparition des premiers symptômes.
Il faut également savoir, chose très importante, qu’un trouble de l'érection peut être un signe évocateur d’un risque cardio-vasculaire.
Dans le même ordre d’idée, est-ce que dans la psyché masculine, le trouble de l'érection est vécu comme une atteinte grave à l’identité sexuelle, à la virilité ?
Tout dépend de l'investissement personnel et de la place que tient la sexualité. Bien entendu, le retentissement psychologique est toujours présent. L'identité sexuelle n'est pas remise en cause, mais davantage le rôle sexuel. Certains hommes pensent qu'arrivés à un certain âge, c'est normal. "L’impuissance" sexuelle peut être évocatrice d’autres impuissances : vis à vis de soi, de l’autre ou de la société !
Généralement, comment le vit la (le) partenaire ? On parle rarement de l’impact d’une dysérection sur l’autre membre du couple…
Face à un trouble de l'érection, l'autre membre du couple peut aussi se sentir en échec, penser qu'il (elle) n'est plus désirable; nombreuses sont les femmes qui évaluent l’amour de leur conjoint à la qualité de leurs érections ! Mais le plus souvent, c'est une frustration qui apparaît. Dans certains couples, le (la) partenaire préfère passer le problème sous silence, ou tenter d'appliquer des recettes érotiques pour stimuler le désir de l'autre, ce qui peut avoir un effet encore plus inhibant.
En tant que sexologue faites-vous la distinction entre un trouble d’érection passager, circonstancié, et un problème plus long, plus profond ?
Une panne d'érection doit toujours être considérée dans tous ses aspects. Le médecin sexologue fera un bilan afin de vérifier si le patient présente des troubles hormonaux, cardio-vasculaires, urologiques, neurologiques, ou psychiatriques. Il tiendra compte également des conditions psychologiques, et du climat relationnel au sein du couple, ainsi que du contexte social : chômage, licenciement, etc.

En matière de troubles de l'érection, où s’arrête le travail du sexologue et où commence celui de l’urologue, de l’endocrinologue ou autre spécialiste ?
La mission du médecin sexologue consiste à porter un diagnostic précis et à conseiller une attitude thérapeutique. Il arrive en effet qu'il soit amené à diriger son patient vers un autre spécialiste, notamment si une intervention chirurgicale est envisagée ou encore chez un angiologue ou radiologue. A l’heure actuelle, on peut considérer la sexologie ou plutôt la médecine sexuelle comme une spécialité à part entière nécessitant une formation spécifique.
Justement lorsque le trouble de l'érection a une origine physique, médicale, quelles peuvent être les différentes causes identifiables ?
Pour que l'érection puisse se produire, il faut que le climat hormonal soit normalement équilibré, que la circulation sanguine soit satisfaisante et qu'il n'y ait pas de lésion neurologique. On va donc rechercher des causes dans ces directions. Il y a bien sûr des facteurs favorisants : diabète, tabagisme, alcoolisme. Les troubles de l'érection peuvent aussi être un signe d'une maladie cardio-vasculaire. Enfin, il vérifiera également s’il existe une cause iatrogène, c’est-à-dire un traitement médical qui peut perturber l’érection.
Lorsque la dysérection a une origine psychologique, quelles peuvent être les différentes causes identifiables ?
Le climat relationnel au sein du couple peut être responsable de pannes d'érection, mais celles-ci peuvent aussi être un indice révélateur d'une dépression ou d'un stress : soucis professionnels, conditions de travail, problèmes d'argent... Tout ce qui est facteur d'inquiétude et génère un sentiment d'insécurité peut avoir un retentissement sur la sexualité : baisse du désir, et dysérections. Toute situation où l’homme éprouve la sensation d’avoir perdu son pouvoir – pouvoir par rapport à lui même, à sa partenaire, sa famille ou vis-à-vis de la société peut être responsable d’un sentiment d’impuissance donc de dysérection.
Prenons le cas d’un homme, 35-45 ans, en assez bonne santé, cadre citadin, vivant en couple. D’où peut venir la dysérection ? Comment va-t-il la vivre ? Comment allez-vous l’aider à y remédier ?
A priori, elle est plutôt et par expérience d’origine psychologique, mais il faudra toujours faire la part des causes organiques et psychologiques, puis s'assurer que le couple n'a pas de conflit important. Si le patient consulte rapidement, le sexologue pourra dissiper nombre de ses inquiétudes, lui expliquer les choses, lui donner des conseils et prescrire un traitement adapté.
Globalement quels sont les différents traitements ou solutions contre les troubles de l’érection ? Vous-même, en tant que sexologue, que préconisez-vous le plus souvent à vos patients ? Et que pensez-vous des solutions chimiques, Viagra ou autres ?
Depuis quelques années la sexologie médicale dispose de médicaments très efficaces pour soigner les troubles de l’érection que ceux-ci soient d’origine physique ou psychique : ce sont le Viagra®, le Cialis®, et le Levitra®. Ils agissent tous les trois de la même façon. Ce sont de véritables médicaments et non pas des formules magiques. Ils ont pour avantage de pouvoir être pris par voie orale. Cette prescription sera d’autant plus efficace, qu’elle sera accompagnée d’explications et conseils pratiques. En cas d’échec de ce type de traitement on pourra faire appel aux injections intracaverneuses qui court-circuitent en grande partie la dimension psychologique; ce sont l’Edex® ou le Caverject®.

En quelques mots, comment agissent ces produits ?
L’excitation est un processus psychique ; elle déclenche la sécrétion par le cerveau d’un neuro-médiateur appelé dopamine (disons pour simplifier que c’est l’hormone de l’excitation sexuelle). La dopamine va être responsable d’une réaction en chaîne dans l’organisme et induire la sécrétion d’une substance responsable du relâchement de petits muscles de la verge (les fibres musculaires lisses). Le sang va pouvoir entrer dans la verge et l’érection se met en place, à condition que l’anxiété et le stress ne soient pas trop importants ; en effet l’adrénaline sécrétée en cas de stress agit en sens inverse sur ces petits muscles.
Mais au fur et à mesure que cette substance active relaxante est fabriquée, elle est transformée en substance inactive par une enzyme, la fameuse PDE5.
Donc ces trois médicaments vont empêcher cette transformation et permettre à l’érection de se maintenir.
Nous comprenons donc qu’ils ne sont efficaces que s’il y a de la dopamine donc de l’excitation et totalement inefficaces dans le cas contraire.
Il existe de plus en plus de produits vendus en parapharmacies supposés combattre les troubles de l’érection. Qu’en pensez-vous ?
Il s'agit généralement de substances supposées stimulantes, voire aphrodisiaques. Cependant leur efficacité comme leur innocuité restent à démontrer. Mieux vaut s'abstenir... Ces produits n’ont d’intérêt réel que pour les fabricants !
Que pensez-vous de l’efficacité de la psychanalyse lorsqu’il s’agit de solutionner les problèmes de l’érection ?
La psychanalyse conduit dans un parcours introspectif et ne prétend pas avoir pour objectif de faire disparaître les symptômes, d'ailleurs, si cela se produit, cela ne signifie pas que le problème soit résolu en regard de la perspective psychanalytique. Il s'agit d'une démarche qui s'inscrit dans une durée de plusieurs années. Les patients qui souffrent de pannes sexuelles, ont hâte de voir disparaître le symptôme. Je ne mets pas en doute l'intérêt de la psychanalyse dans une trajectoire d'exploration de soi, je précise seulement qu'il ne s'agit pas d'un outil utilisable en médecine sexuelle.
Finalement, est-ce qu’on peut dire qu’à moins d’un gros handicap physique, c’est "dans la tête que ça se passe" ?
Les causes physiques ne sont pas nécessairement de gros handicaps, un léger déficit hormonal peut être à l'origine d'une panne sexuelle. Cependant, les facteurs organiques, psychologiques et relationnels sont souvent étroitement mêlés. Enfin, l'importance et le sens donné à la sexualité jouent un rôle dont il convient de souligner l'importance. Disons qu’avant 50 ans, l’étiologie est plus souvent psychologique, par contre après 50 et surtout si on a été fumeur, qu’on a un cholestérol élevé, elle sera plutôt organique (physique).
A une époque où nous avons du mal à accepter le moindre dysfonctionnement dans notre vie quotidienne et où nous nous laissons souvent gagner par le souci de la performance, a fortiori sexuelle, les troubles de l’érection peuvent être extrêmement mal vécus. S’ils concernent en général les hommes de plus de cinquante ans, ils peuvent s’appliquer aussi des hommes plus jeunes, a priori en bonne santé. Car même si les dysérections peuvent trouver leur origine dans un problème d’ordre physiologique, il ne faut pas négliger l’importance de la psychologie à ce niveau. Dans tous les cas, il est primordial de ne pas vivre ces troubles comme une humiliation ou une honte. En sachant que la plupart des dysérections peuvent être solutionnées, soit par voie médicale soit par traitement psychologique (thérapie cognitive ou comportementale, hypnose…), il est important de réagir rapidement lorsque les premiers problèmes se manifestent, afin de ne pas laisser le doute s’installer et de conserver une sexualité équilibrée. La panne d’érection n’est ni un tabou, ni une fatalité.
Remerciements au Docteur Patrice CUDICIO
Ancien attaché au CHU de Rennes
Directeur, chargé de cours au DIU de Sexologie du Grand Ouest de la France (Faculté de médecine de Nantes, Rennes, Brest, Caen, Angers, Tours, Poitiers)
http//www.sexologie-magazine.com
Vos commentaires
Invité
troubles de l'érection
Qui n'a pas été un jour confronté à ce problème? C 'est bien d'en parler librement avec le docteur Judicio, pardon Cudicio, merci pour votre article plein d'espoir
lundi 21 janvier 2008 à 16:18:38
Emilie
Un article sans tabou
Voilà un article bien fourni et qui démystifie les soucis d'érection chez les hommes ! Même si c'est passager, ils prennent cela trop à coeur...
lundi 21 janvier 2008 à 15:23:55
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Invité
Viagra®, le Cialis®, et le Levitra®.
j'aimerais bien que ça marche sur moi car ils n'ont pas marché. J'ai 40 ans et ma vie de couple se trouve gâchée. Je ne sais plus quoi faire, j'ai peur d'aller voir le médecin car il m'a deja prescrit le Viagra®, le Cialis®, et le Levitra®. Et ca n'a rien fait à part me donner des troubles au niveau cardiaque. Merci pour cette rubrique.
vendredi 14 mars 2008 à 14:54:03